Confiteor, Jaume Cabré

CVT_Confiteor_7326(Actes Sud , 900 pages)

Adrià grandit à Barcelone dans les années 1950, entre u père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose. Le garçon essaie de satisfaire au mieux les ambitions démesurées dont il est dépositaire, jusqu’au jour où il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d’un magasin d’antiquités extorquées sans vergogne.

Un demi siècle plus tard, juste avant que sa mémoire ne l’abandonne, Adrià tente de mettre en forme le récit familial en écrivant de longs feuillets à la femme de sa vie. Cette révélation progressive ressaisit la funeste histoire européenne et plonge ses racines aux sources du mal. De l’Inquisition à la dictature espagnole et à l’Allemagne nazie, d’Anvers à la Cité du Vatican, vies et destins se répondent pour converger vers Auschwitz-Birkenau, épicentre de l’abjection totale.

Histoire d’un enfant raconté par lui-même alors qu’il est désormais âgé et atteint de la maladie d’Alzheimer, Confiteor est aussi l’histoire d’une famille et d’un autre homme, le père, intimement lié aux exactions humaines au fil des siècles. En effet, à travers la vie d’Adrià, nous explorons en filigrane et à travers les siècles une réflexion autour de la question du Mal absolu et du rapport des hommes à celui-ci.

Ainsi, le narrateur découvre petit à petit comment son père a bâti une fortune en profitant de la détresse des autres. Et nous assistons au combat intérieur de ces hommes dont la morale ne l’emporte pas souvent sur le besoin de posséder et la soif de profit. Comme un obstacle à cela, il y a des femmes: mère, amante bafouée, sœur reniée, grand amour… qui pourtant ne résisteront pas longtemps aux exigences masculines.

L’écriture est souvent abrupte; passant d’une époque à l’autre, de la mémoire d’un enfant à celle d’un vieillard en passant par celles des objets… D’ailleurs, la mémoire est ici un thème central dont l’auteur joue habilement en nous entraînant avec lui d’une époque à l’autre et dans les méandres des souvenirs de son personnage principal. J’ai également trouvé que la traduction du catalan au français n’avait pas ôté la personnalité si particulière de cette langue dont on continue à ressentir le rythme et les particularités.

Enfin, c’est aussi et surtout aux difficultés à se construire de cet enfant que nous sommes exposés. La volonté de parents à remplir au maximum un cerveau d’enfant de culture et de langues étrangères, de musique et de connaissances qui finalement s’envoleront doucement vers l’oubli mais qui auront tant faire souffrir cet enfant. Lui qui en revanche n’aura reçu que peu de signes d’affections, et qui sera dans cette quête perpétuelle auprès de son amour de jeunesse , une fois devenu adulte.

Bref, une bonne lecture, longue mais dont on ressort un peu changé.

G.

 

2 réflexions sur “Confiteor, Jaume Cabré

  1. Voilà que de nouveau, je suis tentée… Ton article me donne vraiment envie de découvrir ce livre, les thèmes abordés ont l’air extrêmement intéressants… La mémoire, les attentes des parents vis-à-vis de leurs enfants, la morale, toussa toussa… Je note le titre, merci pour la découverte!
    PS: et pis un roman traduit du catalan, je crois bien n’avoir jamais lu d’auteur s’exprimant dans cette langue. Je suis curieuse! ^^

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s