La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

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(éditions Grasset, 2017, 240 pages, ISBN : 224685587X)

1949: Josef Mengele arrive en Argentine. Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Péron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… Jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.

Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant?

Histoire vraie, c’est ici le récit de la vie de Josef Mengele que nous présente Olivier Guez, teintée de partie romancée pour combler les zones d’ombres. Nous suivons Josef Mengele sous divers pseudonymes dans sa fuite désespérée à travers l’Amérique du Sud.

Sur fond de géopolitique mondiale, c’est également l’organisation mise en place par les serviteurs convaincus d’Hitler qui nous est présentée. J’avais en tête que beaucoup avaient fui en Amérique du Sud après la fin de la seconde guerre mondiale, ce que je connaissais moins c’est l’accueil qui leur avait été fait et la véritable réorganisation du système qui avait été mise en place alors.

« A la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu. S’y croisent des nazis, des oustachis croates, des ultranationalistes serbes, des fascistes italiens, des Croix fléchées hongrois, des légionnaires roumains de la garde de fer, des vichystes français, des rexistes belges, des phalangistes espagnols, des catholiques intégristes, des assassins, des tortionnaires et des aventuriers: un Quatrième Reich fantôme.

Péron choie ses desperados. En Juillet 1949, il amnistie ceux qui sont entrés sous une fausse identité et les reçoit parfois à la Casa Rosada. »

En effet, bien qu’affaibli, l’idéologie nazie a encore connu de belles années en Argentine sous la présidence de Péron, mais également au Paraguay et au Brésil. Loin d’être des fuyards repentis , honteux et réduits à peau de chagrin, les criminels nazis, après avoir exécutés ou fait exécutés des milliers de Juifs se sont reconstruits une vie confortable et opulente avec la bénédiction de certains « présidents » alors en place. Certains se sont reconvertis et ont fait fortune dans l’industrie.C’est tout cela qu’Olivier Guez nous donne à voir dans un livre richement documenté.

Ces années de vie de Josef Mengele sont décrites d’un point de vue très neutre. Je me suis surprise parfois à éprouver de l’empathie pour le vieillard qu’il était devenu, alors même  qu’il était un homme exécrable.

En effet, bien loin d’avoir des remord de ces actions, c’est un homme en revendication d’une époque perdue que l’on découvre. Il va s’attacher jusqu’à la fin à être hautain, imbu de lui-même, méprisant, raciste tant et si bien qu’il refusera de constater le changement du monde autour de lui. L’homme qui se pense important jusqu’au bout dans « le service » qu’il veut rendre au monde, va petit à petit faire le vide autour de lui et se retrouver seul.

C’est un homme convaincu du bienfait de son travail à Auschwitz qui est dépeint et d’une curiosité intellectuelle telle qu’elle ne se soucie pas des moyens utilisés pour sa satisfaction. Un homme qui ne comprendra jamais que de grands dirigeants nazis puissent être jugés et condamnés pour leurs actes, tant il considérait que les Juifs n’étaient pas des êtres humains.  Un homme qui va petit à petit sombrer dans la folie, se sentant traqué, poursuivi et n’avouant jamais qu’il a des crimes pour lesquels il doit être jugé.

Et pourtant, je sors de cette lecture avec une réflexion sur le fait que des hommes tels que Josef Mengele ne sont ce qu’ils sont que parce qu’on leur a permis de l’être. Un homme avec de tels penchants sadiques, narcissiques, cruels n’auraient pu évoluer ainsi sans le contexte nazis. A bien réfléchir, combien sont-ils à n’attendre que la porte ouverte d’une idéologie radicale pour repérer et encourager des penchants humains monstrueux?

« Méfiance, l’homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes. »

J’ai apprécié la lecture de ce livre. J’ai été surprise au début par l’écriture que je pensais romancée et qui est en fait plutôt journalistique, mais finalement je m’y suis habitué. la lecture était plutôt captivante et m’a appris certaines choses sur la façon dont s’en sont sortis pas mal de criminels nazis , cela avec l’aide de gouvernement. C’est une lecture que je recommande juste pour garder certaines choses en tête.

G.

5 réflexions sur “La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

  1. Je suis en pleine lecture de ce roman à l’heure où j’écris ce commentaire. Je savais certaines choses comme l’accueil relativement chaleureux qui a été fait aux anciens dignitaires nazis en Argentine, mais ça me révolte toujours autant. Je te rejoins sur l’aspect de l’écriture, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus romancé, mais, comme tu le dis, il y a un côté journalistique et travail d’enquête qui ressort. Pour l’instant, c’est une lecture que j’apprécie.

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  2. Merci pour cet article ! J’ai lu ce roman à l’automne et l’ai beaucoup apprécié, mais contrairement à toi, je n’ai pas éprouvé une once d’empathie pour cet odieux personnage. L’écriture froide et journalistique y est sans doute pour beaucoup 😉

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