Que font les rennes après Noël? Olivia Rosenthal

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(éditions folio, 2012, 210 pages, ISBN 2070447553)

Vous aimez les animaux. Ce livre raconte leur histoire et la vôtre. L’histoire d’une enfant qui croit que le traîneau du père Noël apporte les cadeaux et qui sera forcée un jour de ne plut y croire. Il faut grandir, il faut s’affranchir. C’est très difficile. C’est ‘même impossible. Au fond, vous êtes exactement comme les animaux, tous ces animaux que nous emprisonnons, que nous élevons, que nous protégeons, que nous mangeons. Vous aussi, vous êtes emprisonnée, élevée, éduquée, protégée. Et ni les animaux ni vous ne savez comment faire pour vous émanciper. Pourtant il faudra bien trouver un moyen.

Olivia Rosenthal présente ici un ouvrage atypique à la fois sur le fond et sur la forme. Tout au long de l’ouvrage constitué de petit paragraphes et de chapitres assez courts elle n’a de cesse de parler de la vie d’une femme de l’enfance à la maturité en y tissant le témoignage d’un soigneur animalier et de considérations plus ou moins scientifiques sur l’usage que notre société fait des animaux sauvages ou familiers.

Elle expose ainsi par exemple l’effet vicieux de la captivité visant à préserver une espèce pour espérer la réintroduire un jour. Les tentatives humaines pour conserver l’instinct sauvage des animaux alors que la captivité en elle même est  facteur de changement. Elle explique à quel point l’imprégnation, le rythme naturel, les repères et instincts se trouvent complètement modifiés par un milieu qui ne permet pas de conserver l’instinct naturel alors que c’est le but affiché.

« Le réapprovisionnement de la nature en bêtes sauvages nécessiterait qu’on les élève avant leur prochaine extinction mais l’élevage transforme considérablement les spécimens et rend parfois la reproduction, l’apprentissage et la transmission extrêmement difficiles. Nous sommes donc condamnés soit à la disparition progressive des espèces, soit à la mise en circulation d’ours, de panthères et d’éléphants d’élevage destinés à rappeler à nos descendants quelques-uns des aspects perdus de la vie sauvage. Les animaux vivants seront bientôt des pièces de musée. »

Le parallèle entre l’évolution d’un être humain et celle de certains animaux , par exemple l’orang-outan est le fil rouge du livre pour mettre le lecteur face aux incohérences de ce que fait subir l’être humain à la nature.
Plusieurs thématiques sont ainsi avancées : la prédation,  la maternité,  l’instinct, la famille.

« Une femelle orang-outan vit avec sa mère jusqu’à l’âge de cinq ans et reste dans son entourage proche jusqu’à six ou sept ans, âge qui correspond à sa première portée. Elle ne quittera définitivement sa mère qu’après avoir appris auprès d’elle comment mettre bas et comment allaiter. Si la chaîne de l’apprentissage et de l’imitation est rompue, la femelle orang-outan ne saura pas élever son petit. […]

Vous espérez qu’il ne vous faudra pas rester avec votre mère jusqu’à la naissance de votre premier enfant. En même temps, vous ne faites rien pour que les choses changent. […] »

L’écriture très particulière de prime abord apparaît complètement décousue mais au fil de la lecture on se rend compte qu’il y a une évolution du fil de la pensée. L’auteur nous emmène là ou elle a décidé d’aller et on sent que l’on pourrait passer un sale quart d’heure mis face à nos propres paradoxes et la vie contre nature que nous avons réussi à nous installer.

Par exemple, la recherche de solution technologique humaine pour réapprendre la nature aux animaux est expliqué répondant à l’injonction paradoxale : la captivité pour  assurer la protection ne protège pas mais rend au contraire encore plus fragile!

« Comme je ne trouvais pas de solution pour que la femelle orang-outan apprenne à s’occuper de son petit après avoir mis bas, j’ai proposé de lui passer des films où une autre femelle allaiterait son nouveau-né. J’ai même pensé lui laisser le choix d’allumer ou non la télé afin qu’elle décide par elle-même des moments où elle serait prête à regarder l’émission enregistrée en boucle sur le poste. […] Le cinéma, la radio et la télévision ont pour les singes comme pour les hommes des vertus pédagogiques. »

J’ai adoré le ton ironique de ce livre et la forme d’humour noir que j’y ai perçu.

« L’intervention de l’homme pourrait faire disparaître la fonction de mâle dominant. On se demande pourquoi la pratique de l’implant n’est pas utilisée de manière systématique dans la contraception humaine. »

Cet humour sert, à mon sens, la démonstration de la façon dont l’être humain s’est accaparé le monde en en modifiant le fonctionnement pour son bon plaisir et son seul intérêt, son loisir.
C’est aussi, au passage, prétexte à une analyse assez fine des relations humaines.

J’ai trouvé la fin du livre plutôt surprenante et à la fois cela m’a permis d’assembler toutes les pièces de ce qui m’apparaissait comme un puzzle.

En bref, j’ai beaucoup apprécié cette lecture que je recommande bien volontiers d’autant qu’elle sert la cause animale , un sujet qui m’est cher.

G.

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