Les matins de Jenine, Susan Abulhawa

Jenine

(éditions Pocket, 2009,  423 pages, ISBN : 2266190040)

Comme son père, et comme le père de son père, Hassan vit de la culture des olives dans le petit village palestinien d’Ein Hod. Mais en 1948, lors du conflit qui suit la création de l’Etat d’Israël, Ein Hod est détruit et ses habitants conduits vers un camp de réfugiés. Pour Hassan, cet exil s’accompagne de la douleur de voir l’ancestral cycle familial brisé à jamais. Son jeune fils Ismaïl a été enlevé par des Israéliens qui lui cacheront ses origines. L’aîné, Youssef, grandira dans la haine des juifs, prêt à toutes les extrémités. Quant à Amal, sa fille, elle tentera sa chance aux Etats-Unis, inconsolable cependant d’avoir fui les siens. La guerre les a séparés. Elle seule pourra les réunir…

Susan Abulhawa nous emmène ici dans une fresque familiale qui nous fait suivre quatre générations d’une famille palestinienne entre 1948 et 2002. De l’après seconde guerre mondiale, où beaucoup de personnes rescapées de la Shoah ont eu la volonté de créer un état Juif, sur des terres revendiquées comme d’appartenance historique. 

Lorsque j’ai commencé ce livre, j’ai immédiatement repensé au roman de Léon Uris, Exodus, évoquant les mêmes époques et les mêmes faits. La différence ici est que pour la première fois je lis ces faits du point de vue d’une autrice elle-même Palestinienne.

Susan Abulhawa retranscrit avec ses mots une histoire que l’on devine pas complètement étrangère à la sienne propre, tellement elle est porteuse d’une émotion vive. Et pourtant, elle ne fustige pas ici l’état d’Israël. Bien que très documenté, et malgré un parti pris que l’on devine, je n’ai pas ressenti d’appel à la haine de l’autre. Au contraire, l’autrice s’attache ici à nous transmettre le récit de destins d’hommes et de femmes pris dans un conflit qui les dépasse, sans manichéisme, juste la démonstration d’une souffrance humaine universelle qui transcende les religions et les nationalités.

Sans surprise, l’autrice dépeint des personnages forts ayant subit la guerre toute leur vie. Une guerre qui ravage d’ailleurs plusieurs générations comme un destin qui refuse de les laisser en paix. Et paradoxalement, ce sont des personnages qui trouvent malgré tout, le besoin de vive dans les moments de joie et de retrouvailles à travers les pays et les épreuves traversées, qui continuent à célébrer la vie par des mariages et  des naissances, malgré la mort qui n’est jamais très loin.
Des personnages subissant des choses qui les laissent changés pour le reste de leurs existences qu’ils traverseront pourtant, tant bien que mal en espérant un avenir meilleur pour les générations suivantes.

Le récit se partage entre plusieurs narrateurs en fonction des faits racontés ou pour en apporter plusieurs points de vue, parfois de façon anachronique, apportant un éclairage nouveau sur le cours de l’histoire.
Le récit prend pour point de départ les retrouvailles d’Amal et de David, son frère. L’histoire est alors déroulée jusqu’à son dénouement mettant au jour les souffrances et les non-dits de chacun.

De très nombreuses citations de Khalil Gibran ponctuent le récit et m’ont fait découvrir ce poète et peintre Libanais que j’ai désormais envie de lire davantage.

« Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable. »

(extrait du recueil Le Prophète, Khalil Gibran)

J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre que j’ai pourtant trouvé très dur mais qui m’a touchée comme peu de livres l’ont fait.
J’ai trouvé intéressant que pour une fois, ce soit le point de vue palestinien qui soit développé même si cela reste de la fiction, c’est suffisamment rare pour être souligné d’autant que le récit  ne sombre pas dans un militantisme effréné et aveugle.
Très documenté ce roman questionne sur le peu de réaction de la communauté internationale dans de tels cas toujours à l’heure actuelle, faisant d’ailleurs écho à l’actualité pour moi. J’en recommande donc très fortement la lecture à chacun.

« Je puis l’expliquer , mais le verre qui protège ton cœur en serait brisé à jamais. »

G.

2 réflexions sur “Les matins de Jenine, Susan Abulhawa

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