Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah

(éditions Folio , 2016, 685 pages, ISBN: 9782070468805)

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.» 

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre. 
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés? 
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

Chimamanda Ngozi Adichie propose ici un long voyage géographique (du Nigéria dont elle a elle-même la nationalité jusqu’au Etats Unis, aller-retour), mais pas seulement, il est question ici d’un sujet très discuté actuellement: l’immigration, l’émigration, l’expatriation,… d’où dépend du point de vue duquel on l’aborde. Mais pour une fois, on peut dire qu’on passe un peu de l’autre côté de la barrière et ça ne fait pas de mal!

Dans un premier temps, nous faisons connaissance avec Ifemelu, le personnage principale et suivons son enfance et son adolescence au Nigéria puis la possibilité qui lui est offerte de partir étudier aux Etats Unis, où se trouve déjà une tante.

Si le tout début du roman permet de planter le décor et de faire connaissance avec les personnages, on se rend vite compte que cela est prétexte à pousser un peu loin le sujet. A son arrivée aux Etats Unis, on accompagne Ifemelu dans sa découverte d’une nouvelle culture assez éloignée de ses habitudes.
De ses difficultés à s’adapter à cette nouvelle vie, ressort également très vite une volonté exprimée de ne pas devenir la caricature de ce qu’elle observe chez les autres migrants, particulièrement les migrants africains.

« Alexa, et les autres invités, peut-être même Georgina comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d ‘échapper à la léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui qui avaient été bien nourris, ‘avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le choix, avide de certitude. »

Malgré cette volonté de ne pas changer , de ne pas devenir cet autre dénaturé, Ifemelu va pourtant évoluer petit à petit. Et bien sûr comment pourait-il en être autrement d’un être humain dans un nouvel environnement? Dans cette société américaine, bien loin des traditions nigérianes, à travers son personnage principale, l’autrice nous donne à voir une vision du racisme mais expliqué par les gens de couleurs.
Ifemelu exprime un rejet de la bien-pensance des Américains non noirs , et principalement des riches qui ont l’impression, ou se donne le devoir d’aider le tiers monde en le voyant comme un enfant un peu attardé .

Et comment à certain moment ne pas se sentir concerné? Personnellement, blanche européenne, je me suis senti désignée par certains des aspects dénoncés dans ces lignes et finalement j’ai trouvé que ça faisait plutôt du bien de devoir se remettre un peu en question dans ma façon de voir (d’imaginer ) les choses.

Dans un second temps et à travers la vie quotidienne d’Ifemelu aux Etats-Unis, nous est donnée à voir le racisme ordinaire du quotidien et le déni d’une société qui pense avoir évolué sur la question.

 » Si vous répondez non à la plupart des questions, félicitations, vous bénéficiez du privilège des Blancs. Dans quel but demanderez-vous? Sérieusement? Je n’en ai pas la moindre idée? Je pense que c’est juste bon de le savoir. pour vous réjouir de temps à autre, reprendre du poil de la bête quand vous êtes déprimé, ce genre de choses. voici donc:

[…]

Quand vous allumez une chaîne de télévision nationale ou ouvrez un quotidien généraliste, vous attendez-vous à voir surtout des gens d’une autre race?

Vous  inquiétez-vous que vos enfants n’aient pas de livres ou d ‘ouvrages scolaires qui représentent des gens de votre race? […]

Si vous êtes grossier , si vous êtes pauvrement vêtu, pensez-vous que les gens puissent dire  que c’est à cause des mœurs dépravés, de la pauvreté ou de l’analphabétisme de votre race? […]

Si vous critiquez le gouvernement, craignez-vous d’être perçu comme un individu de culture étrangère? Ou que l’on vous demande de « repartir à X », X étant un lieu situé hors des Etats-Unis? […]

Quand vous utilisez des sous-vêtements couleur chair ou utilisez des pansements couleur chair, savez-vous à l’avance qu’ils ne seront pas assortis à la couleur de votre peau? »

Enfin, dans un dernier temps , nous assistons au retour au pays d’Ifemelu,  tout aussi compliqué que l’adaptation au pays d’accueil, ce retour n’est pas sans difficultés. Surnommée « Americanah » par sa meilleure amie en raillerie au fait qu’elle ne supporte plus la chaleur sans climatisation, Ifemelu se voit obligée de se réhabituer à ne plus vivre dans l’opulence, avec les chois alimentaires auxquels elle s’était habituée…  Pire elle se retrouve confrontée malgré elle à l’image qu’elle renvoie , à savoir celle d’une femme devenue matérialiste et exigeante, ce pensant mieux éduquée et plus raffinée que ses compatriotes.

Comme fil rouge au récit, il y a l’histoire d’amour entre Ifemelu et Obinze séparée par leurs projets et par la distance géographique. On suit également en parallèle au chemin d’Ifemelu , celui d’Obinze , moins chanceux qu’elle et bien vite renvoyé à ses origines malgré ses rêves d’Amérique. C’est pourtant ces parcours différents qui vont les ramener l’un vers l’autre petit à petit, se raccrochant davantage aux points communs qu’aux différences.

En conclusion, il est bien sûr ici question, à travers le parcours d’Ifemelu et du blog qu’elle tient de son expèrience d’immigrante. Et au-delà de cela, nous est donné à voir une vision du racisme aux Etats-Unis et bien qu’il soit également très présent en France, la forme n’en est pas vraiment la même selon moi. (Pour une lecture plus approfondie sur la question du racisme anti-noirs aux Etats Unis, je vous conseille le très bon livre de Ta-Nehisi Coates, Une colère noire, qui apporte un vrai éclairage sur la question surtout quand l’on regarde cela de l’extérieur.)

Pour autant, ce livre permet une vraie réflexion sur un enjeu très actuel. A l’heure de la mondialisation et des échanges internationaux, il reste facile pour un Occidental de voyager, d ‘aller faire ses études ou travailler à peu près ou bon lui semble. L’inverse n’étant évidemment pas réciproque. Le racisme quotidien dont on ne se rend pas compte lorsqu’on le ne le vit pas est bien présent. Pire, il établi des règles tacites selon lesquels une catégorie d’être humain continue de se sentir plus légitime qu’une autre et cela ne concerne pas que la couleur de peau, cela concerne également le fait d’être un homme ou une femme, ou la pratique des religions.

Ce genre de lecture me paraît donc importante dans ce qu’elle peut mettre au minimum en réflexion ou en remise en question pour chaque lecteur.

G.

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2 réflexions sur “Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

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