Khalil, Yasmina Khadra

khalil

(Editions Julliard, 2018, 260 pages, ISBN 9782260024224)

Vendredi 13 novembre 2015. L’air est encore doux pour un soir d’hiver. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d’explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l’acte. Il fait partie du commando qui s’apprête à ensanglanter la capitale. Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ? Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d’un réalisme et d’une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l’insoutenable brutalité de la folie.

Dans la folie des attentats qui ont secoué la France, Yasmina Khadra retrace le parcours d’un de ses « combattants » et nous emmène avec lui dans un périple qui ne peut laisser insensible.

Nous faisons rapidement connaissance avec Khalil le narrateur dans les heures et minutes qui le préparent au geste qu’il s’apprête à commettre. Dès le début, nous sommes embarqués dans les questionnements de Khalil, qui m’est devenu assez vite très irritant comme personnage: reste-t-on un martyr lorsque l’on rate sa mission?
L’acte est-il plus important que le résultat qu’il engendre ?
Alors pourquoi craindre de reprendre contact avec « ses frères »?

Khalil apparaît comme une personne toujours entre deux eaux, ni bon, ni mauvais, ni remarquable, ni complètement éffacé. Après un parcours scolaire médiocre, il a toujours été dans le sillon du cancre sans en être vraiment un.
Il a eu un parcours de suiveur qui arrive à un endroit précis à un moment donné sans réelles convictions mais davantage car il n’a aucun projet ni aucun but dans la vie. Il semble en difficulté pour réfléchir les choses par lui-même, il ne paraît pas étonnant qu’il soit recruté.
Le personnage m’a paru assez pitoyable et pénible, se pensant supérieur à la majorité des gens, il a malgré tout besoin de ces gens qu’il méprise pour se sauver la mise.
Il n’aura de cesse que de chercher une aide matérielle, financière et quelque part aussi un soutien moral du côté de ces gens qui vivent comme des mécréants et sont méprisables selon lui.

Passée la première irritation, on ressent malgré tout une souffrance chez Khalil et un sentiment d’inutilité au sein de la société, une recherche d’attention et de reconnaissance dans un milieu où il aura toujours peiné à trouver une place.

« La mosquée nous a restitué le RESPECT qu’on nous devait, le respect qu’on nous avait confisqué, et elle nous a éveillés à nos splendeurs cachés »

L’auteur reprend ici nombre de débats et questionnements qui ont pu avoir cours durant cette période, notamment sur le fait de savoir à quoi devrait ressembler un terroriste, et sur ce qui peut déclencher le fait d’en devenir un.

« On est fils d’immigrés, nous. Il nous arrive d’entendre des propos blessants. Y’a qu’à voir ces néonazis qui se la pètent sur les plateaux de télé, qui se permettent de parader sur la place publique en jurant de nous botter le cul. Est-ce que ça fait de nous des terroristes? On n’est même pas de bons musulmans. On essaye de gagner notre croûte et on fait comme si on n’avait rien entendu. Ce n’est pas à cause d’une poignée de racistes enragés qu’on va mettre tous les Belges dans le même sac. »

Le personnage  de Khalil s’enfonce petit à petit dans le mensonge au fil du récit: mensonges à sa famille, à son entourage mais également à lui-même.

Au milieu de tout ça le nombre de victimes ou l’horreur des attentats ne sont pas évoqués. Le récit se place surtout du point de vue des terroristes , bien que les gestes et les morts soient évoqués par l’entourage de Khalil mais d’une façon presque lointaine, qui paraît déconnectée de la réalité. Concernant le narrateur, reste seulement l’errance et l’organisation que cela a nécessité.

« Je vivais ma vie au jour le jour en espérant des lendemains meilleurs, comme tout le monde. Mais rien ne venait. A l’usure, j’avais cessé d’attendre le miracle – je n’y croyais plus, et j’avais décidé de m’accommoder des miettes que la fatalité me concédait…

Et puis, vlan! Ces choses-là arrivent. Tu ne sais pas comment elles te tombent dessus ni quand ça a commencé: une altercation qui dégénère, une réflexion raciste, un sentiment d’impuissance devant une injustice – personne ne sait exactement à partir de quel moment et sous quelle forme le rejet de toute une société germe en toi. « 

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre qui se place du point de vue des terroristes mais qui n’est pas aussi tranché qu’il y paraît. L’auteur nous emmène là où il a choisit d’emmener ses lecteurs, tout en finesse et délicatesse comme à son habitude.

G.

Publicités

3 réflexions sur “Khalil, Yasmina Khadra

  1. Il n’est pas facile de suivre le personnage de Khalil, comme tu le dis toujours entre deux, le lecteur l’est aussi… Un roman qui pour moi n’est pas le meilleur de l’auteur, je te recommande La dernière nuit du Raïs…

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s