Norma, Sofi Oksanen

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(édtions stock, 398 pages, ISBN : 2234081793)

Le corps d’Anita Ross vient d’être retrouvé dans le métro de Helsinki. Les témoins sont unanimes : elle s’est jetée sur les rails. Norma, sa fille unique, refuse d’y croire. Anita ne l’aurait jamais laissée seule avec son secret : ses cheveux sont vivants, ils ressentent des émotions, s’animent et poussent si vite qu’elle est obligée de les couper plusieurs fois par jour. Prête à tout pour connaître la vérité, Norma décide de retracer les derniers jours de sa mère, allant jusqu’à se faire embaucher dans le salon de coiffure où elle travaillait. Ses découvertes font ressurgir un passé trouble qui n’est pas sans susciter l’attention d’un puissant clan de la mafia locale…

Sous couverts d’une histoire de cheveux, Sofi Oksanen nous emmène encore une fois vers un thème plus profond. Le trafic de cheveux est ici couverture à un trafic humain plus grand encore, celui des mères porteuses. Et surprise! pas des mères porteuses soignées qui font un choix philanthropique, il s’agit bien d’esclavage à l’échelle mondiale.  Rajoutons à cela le côté mafieux et une disparition mystérieuse et on se laisse assez facilement emporter.

Ce qui ne change pas , ce sont les personnages féminins. Majoritaires ici, ce sont comme à l’accoutumée des personnalités fortes capable de diriger les choses et parfois encore plus cruelles que les personnages masculins. Tout genre confondu, je me suis encore laissé prendre par l’humanité qu’instille Sofi Oksanen à ses personnages, qui pour certains ne révèlent leur vrai fond qu’à la fin du récit et j’ai été plutôt surprise de certains retournements de situation. Cependant, pas de manichéisme, ni de faux espoirs; Norma le personnage principal ne se fie à personne, consciente qu’elle est du caractère changeant de la nature humaine. Et c’est aussi cela que j’apprécie dans les romans de Sofi Oksanen: ce sentiment que les personnages pourraient être réels et que les événements qui s’y déroulent ont probablement lieu quelque part dans le monde à ce moment précis. D’où mon étonnement quant à son choix d’introduire cette fois un élément « fantastique ».

Le commerce du corps féminin est un sujet récurrent chez l’autrice qui le dépeint généralement de façon assez crue. Or, cette fois, j’ai davantage eu l’impression de non-dit, de mystère, de choses que l’on devine sans être certain pourtant d’avoir bien compris.

Sofi Oksanen est une autrice que j’affectionne particulièrement et même si cette fois encore je ne me suis pas ennuyée entre ses pages, je n’ai pas ressenti la même force se dégager de ses mots que pendant mes autres lectures. Le côté « magique » de l’histoire m’a beaucoup surprise au départ et si je m’y suis habitué, je n’ai pas été convaincue. Ce que j’aime beaucoup chez l’autrice, c’est sa façon assez direct de parler de sujets dures. Or, ici le sujet n’est pas plus ou moins délicat qu’à l’accoutumée à mon sens et pourtant nous n’y allons pas directement, ce que j’ai regretté.

G.

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Sans héritage 1: Lucien Louis Marie, Lorraine Rountree

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(autoédition, 231 pages, illustration couverture Anne-Marie Lavollée)

Voici Lucien Louis Marie Fréreux, né en 1900, au hameau de la Pardaille dans le Lot et Garonne. il vit simplement, comme un petit paysan. C’est un garçon doux et profond, qui vacille parfois, envahi par des peurs, des sensations étranges qu’il ne sait pas nommer. Lucien ne le sait pas mais il vient d’autre part. Il est le fruit d’une relation brève et secrète entre la jeune Félicité Fréreux et Yves Raversi, son professeur à l’académie de peinture de Rennes. En 1900, les temps sont difficiles pour les filles-mères: »Je l’ai donné à mon frère comme on donne un chiot ». En mai 1913, les parents de Lucien meurent, écrasés par une voiture. Lucien est recueilli par Félicité – qu’il croit être sa tante – et son mari, Constant Moine, qui vient le chercher à la Pardaille. Commence alors pour Lucien, un voyage à travers la France, un voyage à travers les secrets de sa famille, un voyage à travers le siècle.

Ce premier volume d’une série en cours d’écriture (5 tomes déjà parus, 3 arrivent en 2018) pose les bases d’une histoire familiale que l’on sent complexe, tissée de secrets et de non-dits. A travers l’écrit de Lorraine Rountree, j’ai fais la connaissance de Lucien. Jeune garçon très vite attachant, il émeut par son besoin perpétuel de comprendre ce qui se passe autour de lui sans oser le demander. Ce personnage m’a touché dans sa façon d’être, gentil et en quête d’affection, sujet à des angoisses qu’il ne maîtrise pas. On lui demande à l’âge de 13 ans de « se faire » à une nouvelle vie aux antipodes de ce qu’il connaissait jusqu’à lors et quand bien même on ne lui dit pas la vérité sur sa famille.

Les personnages de l’oncle et de la tante sont touchants également à leur manière. L’écriture ici, sensible et délicate, dépeint des personnages tout en finesse et en retenue, aux prises avec leurs douleurs et difficultés personnelles mais qui font face pour mener leur vie à bien. Les relations entre Lucien et ses copains d’école sont rafraîchissantes de spontanéités et de naïveté dans les dialogues.

Le contexte de début de siècle m’a replongé dans un passé que je n’ai pas connu mais m’a malgré tout rendu nostalgique d’une époque que j’ai entendu décrite par mes grands-parents, me ramenant malgré moi dans mes souvenirs d’enfance par moment. Je pense que c’est aussi cela la force de ce livre: de toucher tout un chacun par une écriture juste qui nous parle forcément par au moins un des aspects de l’histoire.

Il y a peu d’action, ce tome plantant principalement le décor de l’histoire familial et le contexte de l’époque mais la lecture nous emmène dans une bulle hors du temps, apaisante et teintée de nostalgie.

L’histoire familiale est ici ancrée dans l’époque à laquelle elle prend place nous donnant à voir une France et une politique que pour beaucoup nous n’avons pas connu et qui paraît bien documentée.

Je recommande ce livre pour une lecture douce et éloignée du quotidien, qui fait du bien une fois de temps en temps. Et je remercie Lorraine Rountree pour m’avoir fait découvrir son Lucien.

 » Il trottina aux côtés du docteur qu’il regarda à la dérobée. Le docteur Pierre avait un visage agréable, un regard et un sourire doux mais un peu tristes. Lucien savait par expérience que les pères ne réservent pas forcément leurs gentillesses à leur enfant. Pourtant il avait du mal à comprendre pourquoi Jean avait tant de ressentiment pour ce père qui semblait plutôt gentil et attentionné. »

G.

Petit pays, Gaël Faye

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Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Plus trad, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites, les jours d’orage, les jacarandas en fleur…L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Petit pays commence comme un récit d’enfance. L’auteur y déploie des  souvenirs à travers lesquels on devine le début d’une quête d’identité. Dès le début, c’est l’adulte qui s’exprime à travers l’enfant en expliquant le déracinement, la difficulté à se sentir chez soi lorsqu’on a été arraché à son pays: à la fois pas vraiment d’ici mais plus de là-bas non plus.

Le thème est aussi prétexte à un questionnement sur ce qui nous différencie de l’autre. C’est Gabriel l’enfant qui expérimente les changements parmi ses copains. Il assiste sans vraiment comprendre à une prise de conscience des différences en raison de critères physiques déterminant une race d’appartenance. Cette différence qui mène à un rejet brutal et violent entraînant la haine qui conduit à la guerre des adultes à laquelle participent les enfants. Et encore une fois, lui, l’enfant métis n’est ni Hutu ni Tutsi mais encore à part.

Les colons blancs sont ici dépeints comme les gros racistes qu’ils étaient, s’appropriant le pays et ses ressources en en méprisant la population corvéable à merci.

L’auteur nous donne ici à voir un pan de l’histoire africaine peut-être moins connu que le génocide rwandais mais qui y est lié.

Hutu ou Tutsi. C’était soit l’un soit l’autre. pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours.

La guerre, sans qu’on lui demande , se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. j’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.

Cependant, ce livre est aussi prétexte à un voyage au cœur du pays tel que se le rappelle Gabriel; on y découvre une nourriture, des odeurs, des paysages, des langages nous faisant imaginer un coin de paradis pour l’enfance, bien loin des actes meurtriers au départ.
Le passage de l’enfance à l’adolescence prend ici un aspect particulier autour duquel les questions de politiques et  les événements commencent à faire sens. Le choix doit être fait d’être partie prenante de la violence ou de trouver une solution pour aller au delà.

Cette solution que va trouver Gabriel, ce sera la littérature et la découverte des mots et des sensations qu’ils font vivre, comme un nouveau monde qui fournit une échappatoire et permet sans doute de supporter la nostalgie de l’enfance insouciante disparue.

Ce livre nous offre la possibilité d’une prise de conscience sur une histoire africaine que nous méconnaissons bien qu’elle soit liée à la notre. L’écriture est légère et l’auteur réussit à nous emmener là où il le souhaite sans que nous nous y attendions.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture que je recommande fortement presque comme un indispensable.

G.

Orglin la Primitive – nouvelle I (Cycle de Barcil), Jean-Marc Dopffer

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(auteur: Jean-Marc Dopffer; Illustration Xavier Drago)

De tous temps, les royaumes s’érigent puis s’écroulent sous l’œil des Dieux et de la Mère, créatrice de toutes choses sur Barcil. Tissées afin de garantir l’harmonie du monde, les ficelles du destin de chaque mortel glissent dans ses mains. Ainsi l’Équilibre est perpétué, cohésion précaire entre les morts et les vivants, entre les puissances du monde et du cosmos.

Retirée aux confins des royaumes jumeaux de Tigyl et de Derhil, la petite Orglin vit à l’écart de la civilisation. La demi-elfe ne connaît que sa forêt originelle… et l’amour que lui porte ses parents, égalé seulement par l’azur sans fond de la voûte céleste.

Cependant les plans échafaudés par Yencil, le Dieu de la Guerre à l’ambition sans borne, n’oublient pas cette créature. Il l’a compris : dans ses veines coule la science du combat, héritée du passé sanglant de ses parents.

Alors les rouages du monde entrent en action ; la guerre fratricide ébranlant les couronnes royales déversera ses atrocités dans ce havre oublié. Les Danseuses du Ciel sont envoyées sur Barcil avec pour mission d’accomplir ses desseins.
Parviendront-elles à édifier Orglin comme l’une des leurs ?
Orglin se montrera-t-elle digne du destin que Yencil lui a réservé ?

Adepte des gros pavés de 600 ou 800 pages (rarement moins de 200 en fait), lorsque Jean-Marc Dopffer m’a fait parvenir son Orglin la Primitive, ma première pensée a été que cela allait être un challenge pour moi d’arriver à me plonger suffisamment dans le récit pour m’en imprégner et arriver à en parler.

Et finalement, tout s’est bien passé! Bon on ne va pas se mentir, j’ai maintenant envie d’en connaître plus sur l’univers que j’y ai découvert. Des personnages forts, évoluant dans une nature sauvage et verdoyante, entourés d’une mythologie qui m’a rappelé les récits nordiques…. Le récit en soit, est bien ficelé, je ne suis pas resté sur une sensation d’inachevé comme cela se produit parfois à la lecture de récits courts. Cinq chapitres nous donnent ici à voir cinq scènes différentes à cinq époques différentes et pourtant ce sont plusieurs décennies que j’ai eu l’impression de traverser.

On retrouve plusieurs personnages que l’on identifie très rapidement du fait de leurs identités fortes et malgré les évolutions qu’ils présentent. L’écriture m’a très vite happée dans un récit haletant et au rythme effréné dès les premiers mots. J’ai eu la sensation de n’avoir fait qu’un bref passage sur Barcil et qu’il m’en reste beaucoup à découvrir. Orglin, le personnage principal m’a ramené à d’autres héroïnes de fantasy comme je les apprécie: fortes et indépendantes.

Alors qu’elle n’avait jamais reçu d’éducation militaire, cette gamine ayant grandi dans la nature avait mis en pièces à elle seule près d’une section aguerrie. Son adresse rivalisait avec celle des plus illustres guerriers de l’Ordre du Pugy.

En bref, un récit à découvrir pour qui n’a pas peur d’être frustré de ne pouvoir y passer davantage de temps.

Merci à Jean-Marc Doppfer de m’avoir permis de découvrir Orglin et son univers!

G.

Eldorado, Laurent Gaudé

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Gardien de la citadelle Europe, le commandant Salvatore Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d’intercepter les embarcations des émigrés clandestins. Plusieurs événements viennent ébranler sa foi en sa mission et donner un nouveau sens à son existence.

Dans le même temps, au Soudan, deux frères s’apprêtent à entreprendre le long et dangereux voyage qui doit les conduire vers le continent de leurs rêves, l’Eldorado européen.

Au croisement de plusieurs vies, ce roman évoque la façon dont les rencontres peuvent faire basculer les destins des personnes, pas forcément de manière brusque et soudaine mais dans ce qu’elles instillent de changement dans notre façon de voir les choses.

Il s’agit également d’un chassé croisé entre des personnages venant du sud pour aller au nord ou inversement, ce qui donne à penser que chacun cherche effectivement un Eldorado mais que la représentation que l’on s’en fait peut avoir trait à différents points  (argent, opulence, travail, climat, liberté).

A travers une écriture sensible et subtil Laurent Gaudé nous décrit ici des destins rassemblés au moins par une chose: le besoin de migrer. Des parcours  de vie déchirés par des épreuves, des questionnements ou un quotidien devenu insupportable.

Les personnages sont forts, indépendants et tous vont faire des choix importants à un moment donné de leur vie. La réalité des migrants périssant par centaines victimes d’avoir cru à un avenir meilleur nous rattrape aussi, nous rappelant que nous sommes malgré tout à une place bien confortable.

Un livre dont on ne ressort pas indemne dans le sens ou là où nous laissons les personnages du roman , des questions continuent de se poser dans notre tête.

 » Je me suis trompé. Aucune frontière n’est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. nous avons cru pouvoir passer sans la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays. Et qu’il n’y ait ni fils barbelés ni poste frontière n’y change rien. »

G.

 

American Gods, Neil Gaiman

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(2002 éditions J’ai lu, (2017) 604 pages)

Dans le vol qui l’emmène à l’enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur ? Et en quoi consiste réellement le travail qu’il lui propose ? En acceptant finalement d’entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d’un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l’ancien monde et nouvelles idoles profanes de l’Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l’aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde…

Amateurs de Neil Gaiman, d’univers loufoques et complètement barrés, ce livre et pour vous. Esprit curieux et ouvert, tentez votre chance , les autres passez votre chemin au risque de vous ennuyer. Car il ne se passe effectivement pas grand chose dans ce gros pavé. Alors oui, on nous balade en prétextant une guerre qui n’en fini pas d’être imminente entre anciens et nouveaux Dieux au cœur des Etats Unis… pour autant c’est un peu comme la baleine blanche du capitaine Achab on l’attend pendant 580 pages pour pas grand chose au final.

En effet, si le sujet est prétexte à l’histoire ici, ce n’est pas vraiment le propos et il s’agit plus d’une excuse pour nous amener vers d’autres réflexions comme Gaiman sait si bien le faire. Mine de rien, il nous cultive un peu au passage en distillant ça et là des références mythologiques peu connues qui donne envie d’aller un peu plus gratter le sujet.

Mais surtout, il nous fait voyager à travers les Etats Unis dans des vieilles bagnoles pourries pour mieux en faire un portrait bien critique. Il oppose une vision ancienne du pays qui est celle d’une terre d’accueil pour des migrants en quête d’un nouveau départ, arrivant avec leurs croyances; à une vision moderne qui est celle d’un pays dans la consommation outrancière (image, médias, nourriture, technologies, armes) qui ne respecte rien et détruit tout sur son passage dans sa volonté de diriger le monde.

Le propos est plus profond qu’il n’y paraît, comme d’habitude chez l’auteur. Il dépeint ici une société en perte de repères, passant d’un dieu à l’autre au profit du plus attirant. Une société fonctionnant sur un mode de consommation éphémère et destrcutrice, éloigné des réalités du monde et de la nature.

Comme d’habitude également l’écriture est fluide, simple donc accessible au plus grand nombre même si le récit lui est plus travaillé. L’ironie, l’humour caustique sont bien présents et il faut avoir se laisser emporter dans cet univers très particulier qui est celui de Neil Gaiman.

Les personnages sont également intéressants, ne versant pas dans le manichéisme, ils peuvent se montrer attachant ou émouvant avant de trahir et de devenir monstrueux dans tous les sens du terme.

En bref, encore une fois du très bon Neil Gaiman , je trouve. Peut-être à réserver à un lecteur averti ou suffisamment curieux pour s’y laisser prendre.

G.

Les Contes Macabres, Edgar Allan Poe, illustré par Benjamin Lacombe

contes macabres (Editions Soleil, collection Métamorphose, 2010, 218 pages).

Il s’agit ici d’un recueil de contes d’Edgar Allan Poe ayant tous rapport avec la mort dans une traduction de Charles Baudelaire.

L’univers de Poe se trouve mis en image par les illustrations de Benjamin Lacombe.

La lecture de ces contes nous transportent comme à chaque fois chez Edgar Allan Poe dans un univers sombre et magique, effrayant et pourtant emprunt de poésie. Les illustrations créées pour l’occasion par Benjamin Lacombe viennent ici magnifier les textes traduit par Charles Baudelaire. L’écriture toute en délicatesse s’allie parfaitement aux nombreux dessins parfois saisissants tant l’expression des visages des personnages semblent vivantes.

contes-macabres-ned_6A tout cela s’ajoute un chapitre sur la vie et l’oeuvre de l’auteur qui vient expliquer et mettre en lumière la personnalité si particulière que l’on retrouve dans ses textes.

En bref, un très bel objet pour qui aime Poe et/ou Baudelaire et/ou Lacombe.

G.

Agnès Grey, Anne Brontë

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Élevée au sein d’une famille aimante, la jeune Agnès Grey, fille d’un pasteur ruiné du nord de l’Angleterre, décide de tenter sa chance dans le monde en se faisant gouvernante.

Pleine de bonnes intentions mais inexpérimentée, elle se heurte bien vite à l’hostilité des Bloomfield, une famille de commerçants enrichis, égoïstes et snobs. désarmée face à l’indiscipline des enfants gâtés dont elle a la garde, elle sera renvoyée au bout de quelques mois. Sans désemparer, et dans l’obligation de subvenir à ses besoins,elle trouve alors un emploi chez les Murray. Jusqu’à l’arrivée du jeune vicaire Eward Weston…

Agnès Grey a été publié la même année que Jane Eyre et Les hauts de Hurlevent et pourtant Anne est la moins connue des trois sœurs Brontë. Tout d’abord, ce roman est beaucoup plus court que les deux romans précités, mais il n’en est pas moins intéressant. Une autre différence majeur et que la part autobiographique y est beaucoup plus importante, ce qui explique peut-être qu’il y ait moins d’effusion de sentiments que chez les sœurs… plus de pudeur peut-être.

Il n’en reste pas moins, que ce roman est chargé d’un humour fin et comme chez Jane Austen d’une critique sociétale savamment distillée et subtilement amenée. Du coup, c’est vrai, ici par de rebondissements et d’aventures palpitantes. Peu d’action mais une vraie réflexion sur la société dans laquelle se trouve contrainte de vivre la jeune Agnès. On y retrouve les petites intrigues menées par ces demoiselles de bonne famille qui n’ont pas vraiment autre chose pour occuper leur journée, que de réfléchir à quel prétendant elles vont éconduire et qui représente le meilleur parti en terme de richesses.

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman car j’y retrouve ce ton ironique que j’apprécie beaucoup au sujet des mœurs de l’époque, preuve encore une fois s’il en est que certaines autrices étaient clairement en avance sur leur époque malgré la place qu’on voulait bien leur assigner.

G.

Mon traître, Sorj Chalandon

sorj-chalandon-mon-traitre(Le livre de poche, 2009, 216 pages)

Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir.

Episode historique irlandais, il est question ici du combat mené par l’irish Republican Army (IRA) contre l’armée anglaise sur une période allant de 1977 à 1994. Pour rappel, l’IRA considérée alors par les forces armées britanniques comme une organisation terroriste a pendant de longues années mené une lutte afin d’obtenir un statut indépendant de l’état anglais.

Le personnage par lequel nous entrons dans le récit est Antoine, un luthier français. Personnage avec peu de relief et que l’on sent seul et perdu, il va petit à petit se faire entraîner dans un combat qui n’est pas le sien par le biais d’une quête de sa propre personnalité.

Il va très vite être repéré et entrer en fascination pour un homme charismatique nommé Tyrone Meehan plusieurs fois arrêté et emprisonné et qui va un jour décider de trahir son propre camp. Le personnage de Tyrone est inspiré de Denis Donaldson véritable membre de l’IRA et connu pour avoir trahi son parti en donnant des informations aux forces spéciales anglaises.

Le roman est écrit par Sorj Chalandon, écrivain français, également journaliste pour Libération et spécialiste de cette période de l’histoire irlandaise, par ailleurs lui-même proche de Denis Donaldson.

Le roman est court est plutôt incisif allant à l’essentiel. On y assiste à « l’endoctrinement  » d’Antoine essayant de se convaincre par ses fréquentations qu’il prend lui-même de l’importance dans le combat de l’IRA. Le personnage se coupe rapidement de son entourage en France, obsédé qu’il est par son statut d « pseudo-irlandais » hébergeant par période dans sa chambre de bonne parisienne des combattants recherchés.

Heureux d’avoir été choisi par son mentor Tyrone , il ne comprend que trop tard le rôle que celui-ci lui a fait jouer à son insu. En fait, si l’histoire nord-irlandaise est ici la trame de fond, le vrai drame se joue dans l’esprit d’Antoine, personnage en quête de reconnaissance et plutôt insignifiant. Ce qui lui importe plus que la trahison de l’IRA par Tyrone c’est la trahison d’Antoine par Tyrone. Il prend surtout de l’intérêt par ce qu’il nous retransmet des événements dont il est témoin.

Un roman court est plutôt intéressant sur une période historique que je ne connais que peu.

G.

Confiteor, Jaume Cabré

CVT_Confiteor_7326(Actes Sud , 900 pages)

Adrià grandit à Barcelone dans les années 1950, entre u père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose. Le garçon essaie de satisfaire au mieux les ambitions démesurées dont il est dépositaire, jusqu’au jour où il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d’un magasin d’antiquités extorquées sans vergogne.

Un demi siècle plus tard, juste avant que sa mémoire ne l’abandonne, Adrià tente de mettre en forme le récit familial en écrivant de longs feuillets à la femme de sa vie. Cette révélation progressive ressaisit la funeste histoire européenne et plonge ses racines aux sources du mal. De l’Inquisition à la dictature espagnole et à l’Allemagne nazie, d’Anvers à la Cité du Vatican, vies et destins se répondent pour converger vers Auschwitz-Birkenau, épicentre de l’abjection totale.

Histoire d’un enfant raconté par lui-même alors qu’il est désormais âgé et atteint de la maladie d’Alzheimer, Confiteor est aussi l’histoire d’une famille et d’un autre homme, le père, intimement lié aux exactions humaines au fil des siècles. En effet, à travers la vie d’Adrià, nous explorons en filigrane et à travers les siècles une réflexion autour de la question du Mal absolu et du rapport des hommes à celui-ci.

Ainsi, le narrateur découvre petit à petit comment son père a bâti une fortune en profitant de la détresse des autres. Et nous assistons au combat intérieur de ces hommes dont la morale ne l’emporte pas souvent sur le besoin de posséder et la soif de profit. Comme un obstacle à cela, il y a des femmes: mère, amante bafouée, sœur reniée, grand amour… qui pourtant ne résisteront pas longtemps aux exigences masculines.

L’écriture est souvent abrupte; passant d’une époque à l’autre, de la mémoire d’un enfant à celle d’un vieillard en passant par celles des objets… D’ailleurs, la mémoire est ici un thème central dont l’auteur joue habilement en nous entraînant avec lui d’une époque à l’autre et dans les méandres des souvenirs de son personnage principal. J’ai également trouvé que la traduction du catalan au français n’avait pas ôté la personnalité si particulière de cette langue dont on continue à ressentir le rythme et les particularités.

Enfin, c’est aussi et surtout aux difficultés à se construire de cet enfant que nous sommes exposés. La volonté de parents à remplir au maximum un cerveau d’enfant de culture et de langues étrangères, de musique et de connaissances qui finalement s’envoleront doucement vers l’oubli mais qui auront tant faire souffrir cet enfant. Lui qui en revanche n’aura reçu que peu de signes d’affections, et qui sera dans cette quête perpétuelle auprès de son amour de jeunesse , une fois devenu adulte.

Bref, une bonne lecture, longue mais dont on ressort un peu changé.

G.