La Horde du Contrevent, Alain Damasio

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Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage: la Horde. Ils sont piliers, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’une Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.

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L’histoire, tout d’abord: l’univers créé par Alain Damasio est très original. Nous sommes vite plongé dans ce monde plutôt hostile et rapidement curieux de continuer la lecture pour voir où le récit va nous emmener. Le contenu est riche et dense et si l’on peut paraître inquiet de cette quête qui dure 700 pages, les événements qui s’y enchaînent et les questionnements qui y sont développés quasi philosophiques sont plutôt captivants au bout de quelques dizaines de pages.

L’écriture est plutôt particulière. Très travaillée elle repose sur tout un vocabulaire créé pour cet univers. Cela peut désarçonner le lecteur au départ. De la même façon, le livre est construit comme un recueil de témoignages ou chaque personnages prend la parole à son tour. Ainsi à chaque début de paragraphe, le personnage qui parle est désigné par un glyphe qui lui correspond , ce qui rend la lecture ardue de prime abord. Là aussi, l’auteur réussi un tour de force puisqu’à chaque personnage (et ils sont nombreux), il attribue un style propre dans la façon de s’exprimer, cela permet d’identifier assez rapidement les caractères et personnalités.

Les personnages sont nombreux et ont tous une fonction très précise dans la Horde. Les relations qu’ils nouent entre eux sont plutôt complexes et les interactions au sein de ce groupe humain presque coupé du reste du monde sont décrits de façon très fine. Le vent quant à lui constitue presque un personnage à part entière tant il est omniprésent et en interaction permanente avec les personnages qui apprennent à le lire, à l’écrire, à le deviner, s’en méfier, s’en servir et dans cette quête d’en découvrir toutes les formes. De façon surprenante les neufs formes du vent ne sont pas forcément celles auxquelles on pourrait s’attendre: elles prennent toute un nom et certaines sont en lien direct avec « le vif » (l’être?) de chaque personnage. Cette quête est également une quête de soi que tout le monde ne peut atteindre.

Parler de la Horde du Contrevent n’est pas facile tant ce livre est devenu un classique de la littérature SF. Il a de nombreuses fois été décortiqué, a fait l’objet d’une adaptation au cinéma ( qui ne semble pas avoir été très réussie) et bientôt d’une adaptation en bande dessinée. Le sentiment que me laisse cette lecture tant le récit est dense, est que je suis certainement passé à côté de nombreux éléments et qu’une lecture unique ne suffit pas à pouvoir en donner une analyse complète. Pour autant, je pense que ce texte mérite la réputation qu’il s’est faite et qu’il reste un immanquable de la littérature de science fiction.

Pour compléter mon propos, voici le lien vers une vidéo beaucoup plus complète, celle qui m’a donné envie de me plonger dans ce livre.

G.

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Les années cerises, Claudie Gallay

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A l’école, on l’appelle l’Anéanti. Pas seulement parce qu’il collectionne les zéros : sa maison, à l’écart du village, est menacée d’être engloutie par une falaise qui s’effrite peu à peu. Et alors que tous : autorités, voisins, famille, conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s’accrochent à leur chez-eux. La mère surtout, qui ne se soucie guère de rassurer son fils et distribue les claques plus facilement que les câlins. C’est dehors que le jeune garçon trouve de l’affection et des raisons d’aimer la vie : en s’occupant des animaux de la ferme de pépé et mémé, en rêvant à la grande sœur de son ami Paulo, en faisant de la balançoire sur le cerisier planté au bord du gouffre..

J’ai découvert Claudie Gallay avec « les Déferlantes » que j’avais beaucoup aimé il y a quelques années. Quand « les années cerises » a croisé ma route, je n’ai donc pas hésité avant de l’emmener.

Ici l’écriture est plutôt légère bien qu’elle serve un propos plus profond qu’il n’y paraît. De fait, l’histoire est racontée du point de vue du personnage principale, un jeune garçon un peu différent.

Ce qui ne change pas, c’est la capacité de l’autrice à nous faire partager les émotions ressentis pas ses personnages. J’ai lu ce roman de 173 pages d’une traite et me suis laissé emporter par l’histoire. Et c’est surtout la douleur et les peines de chaque personnage que j’ai trouvé palpables et qui m’ont le plus touchée. Ce sont surtout des êtres en souffrance qui sont ici dépeints, et leurs difficultés à communiquer leurs émotions entre eux, passées à la plume de Claudie Gallay, rend le tout vraiment touchant.

Le personnage principal enfin, témoin et rapporteur des incohérences des adultes parfois, de leur incapacité à vivre les choses simplement souvent… cette colère qu’il porte en lui de façon voilée mais qu’il ne peut empêcher d’exploser parfois mettant ses parents face à une réalité dérangeante… cela force la réflexion.

Le fait que ce soit un enfant qui raconte l’histoire de façon si délicate malgré tout,  plonge le lecteur, je trouve, dans une forme de nostalgie. Bien que ce roman soit très différent des Déferlantes, j’en ai vraiment apprécié la lecture.

 

G.

Dans la forêt, Jean Hegland

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Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Publié en 1996 en version originale, il a fallu attendre 2017 pour qu’un éditeur décide de faire paraître ce texte en français et que nous puissions le découvrir. Cela paraît surprenant tellement le sujet abordé paraît à la mode actuellement. Ici pas de zombie ou de tueurs fou et c’est bien cela qui rend le récit si crédible.

Ce livre est pour moi une très bonne découverte, je l’ai lu presque d’une traite un samedi après-midi frais et pluvieux, avec un plaid en écoutant les gouttes de pluie tapé contre les vitres…. l’ambiance d’une grande partie de l’histoire.

Deux thèmes s’entremêlent ici selon moi: la relation parfois complexe entre ces deux sœurs désormais presque seules au monde et le contexte de fin du monde dans lequel elles se trouvent. Le point commun à ces deux thèmes est sans surprise la forêt qui au fil du récit devient presque un troisième personnage: toujours ultra présente, effrayante, elle peut se montrer cruelle mais également protectrice, elle est surtout le témoin silencieux de tout ce qui se passe.

Les relations humaines sont ici décrites de façon très subtile, souvent dans le non-dit et pourtant souvent dans l’évidence avec ce leitmotiv qui ponctue l’histoire : « ta vie t’appartient. « 

Au-delà de l’aspect humain de la chose (comment réagirions-nous dans pareille situation? comment ce contexte de vie redistribue-t-il les cartes de la vie en commun?… ) ce qui m’a surtout questionné et effrayé c’est le réalisme de la situation. La façon dont la civilisation et le confort moderne s’efface petit à petit, l’impossibilité de lutter contre cela paraît presque palpable et envisageable. Et ce constat… si cela arrivait, je serai bien en difficultés de survivre plus de quelques jours. Et pourtant, ce qui s’opère ici c’est bien un retour à l’essentiel et à la nature qui fait prendre conscience du manque de sens parfois de nos modes de vie.

Il est difficile de parler plus de ce livre sans en dévoiler une partie du contenu, ce qui serait en avoir à la fois trop dit et pas assez, j’en conseille juste la lecture.

G.

Génocidé, Révérien Rurangwa

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Ce court roman est le témoignage de Révérien Rurangwa, rescapés du génocide Tutsi qui  lieu au Rwanda en 1994 dans la quasi indifférence générale.

Pour rappel le « génocide rwandais » a duré environ quatre mois d’avril à juillet 1994 et a fait environ un million de morts. Ce fut le génocide le plus court de l’histoire et le plus meurtrier au regard du nombre de victimes par jour. L’élément déclencheur en fut l’attentat perpétré contre le président Hutu alors en place Juvénal Habyarimana; l’avion dans lequel se trouvait ce dernier ainsi que le président du Burundi a été abattu le 6 avril 1994. Cet événement fut le premier d’une suite d’événements qui ont vu se cristalliser la haine envers les Tutsi jusqu’à leur massacre pur et simple à partir du 7 avril 1994.

L’ONU définit le génocide comme :  » l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe ;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.  « 

Pour une fois, je ne parle pas d’un roman avec un personnage principale féminin fort mais ce récit m’a beaucoup touché et donné à réfléchir. Même si les années ont passé, cela n’enlève rien à l’horreur des actes qui ont été commis cette année là au Rwanda. J’étais à l’époque très jeune, je n’en ai donc pas un souvenir direct mais je me suis à plusieurs occasions retrouvée avec, entre les mains, un livre relatant ces événements.

Le génocide des Tutsi au Rwanda est considéré comme l’un des trois génocides du XX ème siècle avec celui des Arméniens en Turquie (1915-1916) et bien sûr celui des Juifs en Europe (1941-1944).

Cependant ce témoignage est percutant dans le sens où ce qui est livré ici est la vision de l’intérieur d’un homme ayant réchappé du massacre malgré de nombreuses et profondes cicatrices physiques comme psychologiques. Ce que le corps humain et l’âme peuvent endurer parfois semble inimaginable.

La description de cette journée d’enfer qu’a vécu Révérien Rurangwa est faite sans fausse pudeur mais sans rien épargner non plus des détails de ce qui s’est passé. C’est bien cela qui touche d’emblée. Je suis somme toute, bien privilégiée d’avoir grandi en France et de ne pas connaître les atrocités vécues par les habitants de nombreux pays en guerre mais ce qui rajoute à l’horreur et à la barbarie ici, c’est la prise de conscience d’une vie qui bascule du jour au lendemain sans possibilité d’en réchapper puisque les assassins d’aujourd’hui sont les amis d’hier qui nous connaissent si bien.

A ce drame, s’ajoute la difficulté de devoir continuer à vivre ensuite lorsqu’on se retrouve seul au monde avec toutes ces images en tête et qu’on ne reconnaît même plus son visage dans le miroir. L’auteur interroge ici beaucoup la religion en laquelle il a perdu foi et rien ne semble pouvoir apporter réponse à ses questions ni apaisement à ses souffrances que le temps, la réflexion et la capacité de pardonner si dur à atteindre.

« Si Dieu existait, aurait-il laissé accomplir toutes ces horreurs qui forgent ce qu’on appelle l’hsitoire de l’humanité? N’aurait-il pas retenu la main des criminels, comme il l’a fait pour Isaac, empêchant son père Abraham de le sacrifier, et empêché les génocides? Déjà, Saint Thomas d’Aquin voyait dans le mal l’objection la plus redoutable contre l’existence de Dieu. Son syllogisme demeure impeccable: « Quand on prononce le mot Dieu, on l’entend d’un bien infini. Donc, si Dieu existait, il n’y aurait plus de mal. Or, on trouve du mal dans le monde. Donc Dieu n’existe pas. » Saint Thomas a répondu à l’objection, mais sa réponse ne m’a pas convaincu. J’en reste au syllogisme et à sa conclusion. »

On ne ressort pas indemne de cette lecture qui offre une piqûre de rappel sur la nécessité d’être attentif à ce qui se passe autour de nous puisque qu’une info en chassant une autre, sommes-nous toujours conscients de la barbarie qu’endurent d’autres êtres humains, même à l’heure actuelle, au moment ou notre vie suit son cours relativement tranquille?

G.

 

 

La terre qui penche, Carole Martinez

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Blanche, la môme chardon, est-elle morte en 1361 à l’âge de douze ans comme l’affirme son fantôme? Cette vieille âme qu’elle est devenue et la petite fille qu’elle a été partagent la même tombe. L’enfant se raconte au présent et la vieillesse écoute, s’émerveille, se souvient, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable pur que le mal noir qui a emporté la moitié du monde de revienne jamais?

J’avais hâte de lire ce roman puisque Carole Martinez, autrice également du cœur cousu et de du domaine des Murmures*, est quelqu’un dont j’apprécie vraiment l’écriture tout en finesse et poésie. Nous nous retrouvons encore une fois au domaine des Murmures, sur cette terre qui penche mais bien longtemps après l’histoire d’Esclarmonde*.

Et cette fois-ci aussi je me suis fait transporté par l’histoire de Blanche et par ce récit porté à deux voix: celle de la petite fille qu’elle était et celle de la vieille âme qu’elle est devenue. Et voici encore une histoire portée par une jeune fille forte comme dans les autres écrits de Carole Martinez.

Et c’est aussi cela que j’apprécie: des histoires de jeunes femmes tellement en avance sur leur temps par certains points de vue et dans la façon dont elles décident de pendre leur destin en main pour échapper à un avenir que les hommes ont tracés pour elles.

Blanche, la petite sauvageonne aux cheveux roux ne peut qu’être attachante dans le regard clairvoyant qu’elle porte sur le monde acceptant en elle-même la part d’ombre.

Ici, l’histoire ne fait pas exception et se mâtine de légendes anciennes mais aussi de légendes familiales secrètes dévoilées par des tiers auréolés de magie et de mystère. La nature se personnalise sous des traits humains afin de montrer qu’elle aussi peut se montrer cruelle et se venger, à l’image de la Loue cette rivière, qui est un thème centrale du roman, et qui peut se révéler impitoyable.

Les personnages sont entiers et apportent tous leur pierre à l’édifice. Ils ne sont pas ,en revanche aussi lisses qu’il y paraît et leur complexité empêche tout manichéisme.

Enfin, les liens que ces personnages tissent entre eux sont si finement décrits et développés au fil du récit que fait avantage que de papier ils nous sont rendus humains, faillibles et réveillent notre empathie.

A l’entrée dans cette lecture, je n’étais donc pas neutre et les pages défilant , je le suis encore moins aujourd’hui et ne peux que conseiller vivement de se laisser porter par ce joli moment de conte.

G.

 

Mes Contes de Perrault, Tahar Ben Jelloun

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Dans cette ouvrage, Tahar Ben Jelloun a choisi comme il l’explique lui-même dans la préface de prendre un espace de liberté dans la réécriture de certains contes de Perrault; il explique également à quel point les contes ont marqués son enfance par l’intermédiaire d’une vieille tante excentrique:

« J’ai imaginé plus tard les contes de Perrault racontés par Fadela. Elle les aurait transformés, pliés à sa fantaisie, leur donnant la couleur de ses moments de solitude, de la misère qu’elle avait connue avant d’arriver chez nous. Peut-être les aurait-elle mélangés aussi à ceux venus d’un Orient improbable où les djinns et les hommes assoiffés de pouvoir mènent le monde à sa perte?

Cette envie de m’approprier à ma façon certains contes de Charles Perrault remonte sans doute à toute cette histoire demeurée intacte dans ma mémoire. En les relisant, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma vieille tante mythomane, si sympathique et tellement humaine. Elle avait une imagination exceptionnelle. Et si elle avait su lire et écrire, peut-être aurait-elle composé une oeuvre magnifique. Je me suis dit, par exemple: « comment raconterait-elle Peau d’âne? Oserait-elle tout dire sur Barbe Bleue? Quelle morale en aurait-elle tirée? » « 

Ici, comme d’habitude dans les écrits de l’auteur, la poésie s’allie à la finesse et à la délicatesse de l’écriture, pour nous offrir un fin mélange entre contes traditionnels et contes orientaux. En effet, si nous retrouvons beaucoup des récits qui nous sont familiers souvent depuis l’enfance, Tahar Ben Jelloun y mêle un rappel habile aux contes des 1000 et un nuits et à l’actualité grâce à une multitude de petits détails allant des prénoms des personnages à des traditions culturels ou des faits divers actuels.

Les anachronismes ainsi amenés sont généralement drôle et nous donne la possibilité d’une double lecture, à la fois tel que nous lirions un conte avec sa morale mais également comme une forme de critique du monde actuel.

Enfin, la réécriture est ici souvent prétexte à une critique constructive à l’égard de l’islam notamment sur la place de la femme dans la société et la remise en question de certains dogmes attribués à tort à la religion depuis de nombreuses générations; par exemple sur des sujets tels que l’héritage, la monogamie, où la valeur attribuée à la naissance d’une fille

En bref, un bon moment de lecture dont l’on peut profiter, que l’on peut arêter puis reprendre plus tard lorsqu’on a envie de lire un conte en quelques minutes. Appréciant moi-même beaucoup cet auteur, cette lecture fut donc encore un moment agréable , qui m’ a replongé un peu en enfance.

Et je suis contente de pouvoir parler de ce livre qui est par ailleurs un cadeau de ma coupine Sarah que je remercie grandement au passage!

G.

 

Miniaturiste, Jessie Burton

 

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(Ed Gallimard, Collection Folio, 2015, 545 pages)

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, riche marchand, il vit dans une opulente demeure entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. Johannes offre à son épouse une maison de poupée représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de mettre peu à peu au jour de dangereux secrets… 

Pour ce livre, l’auteur s’est inspiré de la vraie maison de poupée ayant appartenu à la vraie Nella Oortman, qui est une jeune femme néerlandaise. Cette maison de poupée est visible dans la collection permanente du Rijksmuseum à Amsterdam.

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Si cette maison de poupée est le point de départ du récit pour l’auteur, le reste de l’histoire n’est pas inspiré de la vie de Nella Oortman.

Je me suis très vite fait aspirer par ce roman. Le récit de la vie de cette jeune fille mariée à un homme plus âgé, par arrangement, et qui pourtant garde de grands espoirs au sujet d’un mariage qu’elle pourrait arriver à chérir avec le temps, ses désillusions et la façon dont les événements de la vie vont l’amener à évoluer m’ont beaucoup plu.

Ce qui à mon sens n’est qu’un élément secondaire du récit au départ, à savoir la place des femmes dans la société Amstellodamoise du XVII ème siècle, s’affiche dans toute son ampleur une fois que l’on referme le livre et que l’on prend un peu de recul. Si les personnages se plaisent à répéter à quel point elles se sentent prisonnière de règles sociétales pendant toute l’histoire, force est de constater qu’en plus d’être très présente, elles sont fortes , décisionnaires et dirigent malgré tout leur vie comme bon leur semble.

Plusieurs éléments du roman, même s’il se déroule dans les années 1680, trouvent un écho à notre quotidien selon moi.

En revanche, l’autrice parvient à nous faire revivre l’Amsterdam de ces années là dans ces descriptions et personnellement j’ai beaucoup aimé cette ambiance déroulée entre les canaux de la ville et les grands voyages autour du monde aux odeurs des épices orientales.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture et j’ai dévoré les quelques centaines d pages en quelques jours. J’aurais peut-être apprécié que la fin soit un peu moins rapide, un peu plus développée ne me laissant pas ce petit sentiment d’inachevé.

G.

Wild, Cheryl Strayed

Wild cheryl strayed livre  (10/18, 2013, 498 pages)

Lorsque, sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junkie, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune femme n’a aucune réponse, mais un point de fuite: tout quitter pour une randonnée sur le « chemin des crêtes du Pacifique ». Lancée au cœur d’une nature immense et sauvage, seule sous un sac  dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1700 kilomètres d’épuisement et d’effort, et réussir à atteindre le bout d’elle-même. 

Bon, on ne va pas se mentir, si je suis allée vers ce roman c’est au départ parce qu’il y était question de voyage. Et puis, quand j’ai bien relu le résumé , je me suis dit que tout ça risquait d’être un peu déprimant. Donc, ce livre est resté un bon moment en attente avant que je me décide à le lire.

Et finalement, je n’ai pas été déçu. Je me suis laissé emporter par ce récit autobiographique. On y suit le périple de Cheryl après le décès de sa mère. Ce décès qui a bouleversé l’ordre établie de sa vie et l’a fait complètement lâché prise su tout ce qu’elle avait construit jusque là elle qu’elle pensait la satisfaire.

Jusqu’à ce jour où elle découvre le Chemin des crêtes du Pacifique et qu’elle décide que seul ce chemin là pourra l’amener à ce qu’elle est vraiment. Ce chemin c’est en fait celui du deuil et on accompagne autant Cheryl dans touts les épreuves de cette randonnée monstrueuse que dans le chemin mental qui accompagne ce voyage; qui en est la base, le fil rouge et le dénouement jusqu’à une forme de rédemption d’elle même et d’autorisation à être la personne qu’elle a envie d’être.

On accompagne également Cheryl dans les nombreuses rencontres qu’elle fait et dans son évolution de marcheuse inexpérimentée qui se surprend elle même à vaincre chaque obstacle et à persévérer là ou d’autres plus entraînés ont abandonnés et qui lui fait petit à petit reprendre confiance en elle.

Ce livre a été adapté au cinéma en 2014 et j’ai regardé le film après avoir fini ma lecture.

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Comme bien souvent, je suis resté sur ma faim d’une adaptation qui simplifie beaucoup le récit originel et en supprime plusieurs personnages importants à mon sens. Par contre la dimension du voyage y est très présente et nous permet de visualiser les paysages parcourus mieux que ne le permettaient les descriptions assez succinctes du livre.

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J’ai beaucoup apprécié cette lecture et  j’ai vraiment ressenti un sentiment d’authenticité à travers l’écriture, du fait de sa nature autobiographique . Je pense que le film est également intéressant à voir en complément bien qu’il édulcore trop l’histoire à mon goût.

G.

Temudjin (Ozanam et Carrion)

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La nuit où naquit Temudjin, le vieux chaman Özbeg était en retard. Quand il arriva sur les lieux les membres de la tribu étaient très agités. Il était trop tard pour sauver la mère et de sombres événements entouraient la conception de cet enfant. Mais tout ça, le chaman le savait déjà. Il avait été contacté par les esprits pour venir en aide à ce petit être, afin qu’il puisse vivre et ainsi donner libre court à sa fabuleuse destinée .

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C’est la première fois que nous parlons bande dessinée ici… alors que c’est vraiment quelque chose que j’apprécie et que j’en lis de façon très régulière.

Il s’agit ici d’une fiction sur la vie de celui qui est destiné à devenir le grand Gengis Khan après plusieurs réincarnations. Nous suivons donc l’évolution de Temudjin de l’enfance à la mort ; un être conscient du poids qu’il porte, qui est capable de recueillir les âmes des défunts et de s’en faire des alliés.

Ici le scénario d’Antoine Ozanam est complété par les dessins magnifiques d’Antoine Carrion. Oui, car  au-delà de cette histoire passionnante sur la vie du guerrier, la façon qu’il a de communiquer avec l’Ayami (esprit de la Terre Mère), il y a les illustrations.

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Les dessins et les couleurs sont magnifiques et nous permettent d’évoluer dans des ambiances différentes au fil des pages. Ce sont ces dessins qui m’ont mené à cette histoire en deux tomes et ce fut vraiment une belle découverte.

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G.

 

Kinderzimmer, Valentine Goby

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En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de 40 000 détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l’énergie de survivre, au plus profond d’elle-même, puiser quotidiennement la force d’imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité: la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres.

Je suis tombé sur ce roman un peu par hasard, alors que je cherchais un autre ouvrage de Valentine Goby. Bon, j’ai pas trouvé celui que je cherchais mais j’ai rencontré celui-ci et le résumé m’a rapidement convaincu. Et ensuite, le roman entier m’a convaincu!

Ce roman est écrit à la troisième personne et rend compte de ce qui vit Mila, le personnage principal. Le rythme est soutenu et nous faire partager le quotidien de ces femmes dans le camp de Ravensbrück. Toutes les privations endurées qui visent à ôter toute humanité aux prisonnières sont détaillées de façon crue: la maladie, la faim, le froid, la torture physique, la mort.

Ce qui est pourtant donné à voir au-delà de tout ça, c’est la façon dont certaines femmes arrivent à s’arranger de ce sinistre sort. Comment de la misère du quotidien naît une forme de débrouille, d’entraide , de sabotage, pour rendre les choses un peu plus supportable.

Et au milieu de ce camp de la mort, la possibilité que la vie se fraye temporairement un chemin en donnant naissance à des enfants. Cette petite lueur d’espoir à laquelle Mila va s’accrocher coûte que coûte, pour laquelle elle va se débattre et qui finalement va lui permettre de survivre.

Enfin, tout au long récit comme un fil ténu, se pose la question de ce que peu endurer l’esprit humain et de sa capacité à se reconstruire en n’omettant pas que de tels traumatismes font aussi des dégâts collatéraux.

Qui a dit que l’on tombait sur des livres par hasard? Celui-ci est en tout cas l’un des rares à m’avoir fait venir les larmes aux yeux… L’auteur réussit le tour de force d’amener de la délicatesse et de l’espoir là ou ne s’attend qu’à trouver la mort et la haine. C’est, à mon avis, une idée précieuse à garder en tête, peut-être encore davantage actuellement.

G.