Miniaturiste, Jessie Burton

 

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(Ed Gallimard, Collection Folio, 2015, 545 pages)

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, riche marchand, il vit dans une opulente demeure entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. Johannes offre à son épouse une maison de poupée représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de mettre peu à peu au jour de dangereux secrets… 

Pour ce livre, l’auteur s’est inspiré de la vraie maison de poupée ayant appartenu à la vraie Nella Oortman, qui est une jeune femme néerlandaise. Cette maison de poupée est visible dans la collection permanente du Rijksmuseum à Amsterdam.

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Si cette maison de poupée est le point de départ du récit pour l’auteur, le reste de l’histoire n’est pas inspiré de la vie de Nella Oortman.

Je me suis très vite fait aspirer par ce roman. Le récit de la vie de cette jeune fille mariée à un homme plus âgé, par arrangement, et qui pourtant garde de grands espoirs au sujet d’un mariage qu’elle pourrait arriver à chérir avec le temps, ses désillusions et la façon dont les événements de la vie vont l’amener à évoluer m’ont beaucoup plu.

Ce qui à mon sens n’est qu’un élément secondaire du récit au départ, à savoir la place des femmes dans la société Amstellodamoise du XVII ème siècle, s’affiche dans toute son ampleur une fois que l’on referme le livre et que l’on prend un peu de recul. Si les personnages se plaisent à répéter à quel point elles se sentent prisonnière de règles sociétales pendant toute l’histoire, force est de constater qu’en plus d’être très présente, elles sont fortes , décisionnaires et dirigent malgré tout leur vie comme bon leur semble.

Plusieurs éléments du roman, même s’il se déroule dans les années 1680, trouvent un écho à notre quotidien selon moi.

En revanche, l’autrice parvient à nous faire revivre l’Amsterdam de ces années là dans ces descriptions et personnellement j’ai beaucoup aimé cette ambiance déroulée entre les canaux de la ville et les grands voyages autour du monde aux odeurs des épices orientales.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture et j’ai dévoré les quelques centaines d pages en quelques jours. J’aurais peut-être apprécié que la fin soit un peu moins rapide, un peu plus développée ne me laissant pas ce petit sentiment d’inachevé.

G.

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Wild, Cheryl Strayed

Wild cheryl strayed livre  (10/18, 2013, 498 pages)

Lorsque, sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junkie, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune femme n’a aucune réponse, mais un point de fuite: tout quitter pour une randonnée sur le « chemin des crêtes du Pacifique ». Lancée au cœur d’une nature immense et sauvage, seule sous un sac  dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1700 kilomètres d’épuisement et d’effort, et réussir à atteindre le bout d’elle-même. 

Bon, on ne va pas se mentir, si je suis allée vers ce roman c’est au départ parce qu’il y était question de voyage. Et puis, quand j’ai bien relu le résumé , je me suis dit que tout ça risquait d’être un peu déprimant. Donc, ce livre est resté un bon moment en attente avant que je me décide à le lire.

Et finalement, je n’ai pas été déçu. Je me suis laissé emporter par ce récit autobiographique. On y suit le périple de Cheryl après le décès de sa mère. Ce décès qui a bouleversé l’ordre établie de sa vie et l’a fait complètement lâché prise su tout ce qu’elle avait construit jusque là elle qu’elle pensait la satisfaire.

Jusqu’à ce jour où elle découvre le Chemin des crêtes du Pacifique et qu’elle décide que seul ce chemin là pourra l’amener à ce qu’elle est vraiment. Ce chemin c’est en fait celui du deuil et on accompagne autant Cheryl dans touts les épreuves de cette randonnée monstrueuse que dans le chemin mental qui accompagne ce voyage; qui en est la base, le fil rouge et le dénouement jusqu’à une forme de rédemption d’elle même et d’autorisation à être la personne qu’elle a envie d’être.

On accompagne également Cheryl dans les nombreuses rencontres qu’elle fait et dans son évolution de marcheuse inexpérimentée qui se surprend elle même à vaincre chaque obstacle et à persévérer là ou d’autres plus entraînés ont abandonnés et qui lui fait petit à petit reprendre confiance en elle.

Ce livre a été adapté au cinéma en 2014 et j’ai regardé le film après avoir fini ma lecture.

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Comme bien souvent, je suis resté sur ma faim d’une adaptation qui simplifie beaucoup le récit originel et en supprime plusieurs personnages importants à mon sens. Par contre la dimension du voyage y est très présente et nous permet de visualiser les paysages parcourus mieux que ne le permettaient les descriptions assez succinctes du livre.

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J’ai beaucoup apprécié cette lecture et  j’ai vraiment ressenti un sentiment d’authenticité à travers l’écriture, du fait de sa nature autobiographique . Je pense que le film est également intéressant à voir en complément bien qu’il édulcore trop l’histoire à mon goût.

G.

Lion

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Réalisé par garth Davis en 2016, durée: 1h58

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

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Ce film est adapté d’un roman de Saroo Brierley, publié en France au départ sous le titre « Je voulais retrouver ma mère »et est donc basée sur une histoire vraie. Le rôle principale de Saroo adulte est tenu par Dev Patel, acteur que l’on a déjà pu voir il y a quelques années également dans le rôle principal du film « Slumdog Millionaire » et qui apparaît ici ,encore une fois, touchant et convaincant.

Toute la première partie du film est consacré à l’enfance de Saroo en Inde. L’occasion de voir des images magnifiques qui nous font voyager. On y voit également la vie quotidienne de Saroo et sa famille: une mère qui travaille pour élever seule ses trois enfants mais également la débrouille dont font preuve les deux garçons pour ramener un peu d’argent ou de nourriture à la maison, parfois au péril de leur vie. Jusqu’au jour de l’incident qui va changer à tout jamais la vie du jeune garçon mais dont il ne percevra vraiment le dénouement que des années plus tard.

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La seconde partie du film montre la nouvelle vie de Saroo dans une famille australienne aisée qui l’a adopté. la façon dont le petit garçon, encore une fois a su s’adapter et cette nouvelle vie dans laquelle il a su se contruire.

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Ce film montre surtout la quête de Saroo devenu adulte: quête identitaire dans un pays comme l’Australie où de nombreuses cultures se côtoient, lui faisant réaliser à quel point ses racines indiennes lui sont devenues lointaines. Quête donc d’une culture qui a un jour été la sienne, mais également d’un pays , d’une langue et de sa famille dont il ne garde que des bribes de souvenir, quelques images… Cette recherche et ce questionnement autour de son identité vont devenir obsessionnel et presque le rendre fou et le faire s’enfoncer dans un isolement toujours plus profond jusqu’à la décision du départ irrémédiable sur les traces de son enfance.

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Le film est prenant et nous fait partager la quête de Saroo jusqu’au dénouement final. Les images sont très belles et m’ont donné envie de voyage.  Cela m’a également donné à réfléchir sur le déracinement et la construction identitaire des enfants adoptés dans un pays étranger et que l’on arrache plus ou moins violemment à leur environnement. Cela questionne sur cette violence institutionnelle devenue assez banale et sur les adultes en perte de repère et en quête de leurs racines que cela prépare.

C’est également l’occasion de rappler que l’enfance n’est pas exposée aux mêmes dangers et à la même attention dans tous les pays du monde.

Ce film est une très belle découverte qui amène à réfléchir un peu plus loin (ce que j’apprécie beaucoup) et l’histoire est déroulée toute en finesse et délicatesse sans jugement ni manichéisme , ce qui est plutôt habile autour d’un tel sujet.

G.

Temudjin (Ozanam et Carrion)

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La nuit où naquit Temudjin, le vieux chaman Özbeg était en retard. Quand il arriva sur les lieux les membres de la tribu étaient très agités. Il était trop tard pour sauver la mère et de sombres événements entouraient la conception de cet enfant. Mais tout ça, le chaman le savait déjà. Il avait été contacté par les esprits pour venir en aide à ce petit être, afin qu’il puisse vivre et ainsi donner libre court à sa fabuleuse destinée .

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C’est la première fois que nous parlons bande dessinée ici… alors que c’est vraiment quelque chose que j’apprécie et que j’en lis de façon très régulière.

Il s’agit ici d’une fiction sur la vie de celui qui est destiné à devenir le grand Gengis Khan après plusieurs réincarnations. Nous suivons donc l’évolution de Temudjin de l’enfance à la mort ; un être conscient du poids qu’il porte, qui est capable de recueillir les âmes des défunts et de s’en faire des alliés.

Ici le scénario d’Antoine Ozanam est complété par les dessins magnifiques d’Antoine Carrion. Oui, car  au-delà de cette histoire passionnante sur la vie du guerrier, la façon qu’il a de communiquer avec l’Ayami (esprit de la Terre Mère), il y a les illustrations.

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Les dessins et les couleurs sont magnifiques et nous permettent d’évoluer dans des ambiances différentes au fil des pages. Ce sont ces dessins qui m’ont mené à cette histoire en deux tomes et ce fut vraiment une belle découverte.

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G.

 

Clash

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(film égyptien de Mohamed Diab, 2016, 1h37)

Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne. Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s’en sortir ?

Sélectionné officiellement dans la catégorie « un autre regard » au festival de Cannes 2016, ce film est le deuxième de l’égyptien Mohamed Diab (après Les femmes du bus 678). 

Mohamed Diab , dans ses deux films s’attache à montrer le quotidien des égyptiens, bien loin de l’image touristique que nous avons. Mais, dans cette deuxième réalisation, il pousse le réalisme jusqu’à reproduire, avec un nombre de figurants impressionnant, les émeutes qui ont eu lieu autour de la destitution du président élu démocratiquement Mohamed Morsi. Pour rappel, en 2013, quelques mois après les élections, l’armée égyptienne menée par le Général Abdel Fattah al-Sissi  et soutenue par une partie de la population provoque un coup d’état renversant le président Morsi. Président, jugée dangereux par une partie du pays, puisque affilié au parti islamique radical des Frères Musulmans.

Les émeutes de l’été 2013, intervenant sur la fin du printemps arabe (après les événements ayant conduit aux renversements de dirigeants de plusieurs pays arabes , Tunisie et Lybie notamment), opposèrent donc les partisans d’un Islam assez radical derrière les Frères Musulmans et les partisans du Général Sissi.

Ce film est une véritable claque. En réussissant le tour de force de ne prendre aucun parti, Mohamed Diab nous fait revivre les violences inouïes qui ont secoué le pays pendant plusieurs semaines alors qu’à l’image elles sont finalement plutôt suggérées.

Le film a, en grande partie été tourné depuis l’intérieur d’un vrai fourgon de police et rend ainsi palpable la sensation d’étouffement et d’emprisonnement vécue par les protagonistes. Le tournage a d’ailleurs été particulièrement difficile pour les acteurs du fait de l’exiguïté du fourgon. Toutes les scènes ou presque sont vues depuis l’intérieur du camion et rendent encore plus vif le sentiment d’impuissance au regard de ce qui se passe à l’extérieur.

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Au delà de cela, Clash rend compte de ce dont est capable la nature humaine. D’une vingtaine de personnages aux idéologies différentes (journalistes, partisans des Frères Musulmans, partisan de l’armée et policiers) qui se retrouvent malgré eux dans ce même fourgon nous assistons à une évolution. Sur le point de s’entre tuer d’abord, puis témoin des scènes de barbaries innommables de l’extérieur du fourgon et étant le fait de tout parti confondu.

Mohamed Diab filme la prise de conscience de la sauvagerie dont est capable l’être humain pris dans la masse, par quelques personnages spectateurs de cela. Jusqu’au moment où ces quelques personnages vont commencer à tisser des liens et ressentir le besoin de se protéger les uns les autres de ce qui se passe à l’extérieur du huis clos.

Plusieurs thèmes sont abordés: la différence de religion, de sexe, de classe sociale, d’idéologie politique; cela nous permet finalement de prendre conscience qu’avant tout cela, nous sommes des êtres humains et que la force réside dans cette caractéristique commune.

G.

Kinderzimmer, Valentine Goby

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En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de 40 000 détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l’énergie de survivre, au plus profond d’elle-même, puiser quotidiennement la force d’imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité: la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres.

Je suis tombé sur ce roman un peu par hasard, alors que je cherchais un autre ouvrage de Valentine Goby. Bon, j’ai pas trouvé celui que je cherchais mais j’ai rencontré celui-ci et le résumé m’a rapidement convaincu. Et ensuite, le roman entier m’a convaincu!

Ce roman est écrit à la troisième personne et rend compte de ce qui vit Mila, le personnage principal. Le rythme est soutenu et nous faire partager le quotidien de ces femmes dans le camp de Ravensbrück. Toutes les privations endurées qui visent à ôter toute humanité aux prisonnières sont détaillées de façon crue: la maladie, la faim, le froid, la torture physique, la mort.

Ce qui est pourtant donné à voir au-delà de tout ça, c’est la façon dont certaines femmes arrivent à s’arranger de ce sinistre sort. Comment de la misère du quotidien naît une forme de débrouille, d’entraide , de sabotage, pour rendre les choses un peu plus supportable.

Et au milieu de ce camp de la mort, la possibilité que la vie se fraye temporairement un chemin en donnant naissance à des enfants. Cette petite lueur d’espoir à laquelle Mila va s’accrocher coûte que coûte, pour laquelle elle va se débattre et qui finalement va lui permettre de survivre.

Enfin, tout au long récit comme un fil ténu, se pose la question de ce que peu endurer l’esprit humain et de sa capacité à se reconstruire en n’omettant pas que de tels traumatismes font aussi des dégâts collatéraux.

Qui a dit que l’on tombait sur des livres par hasard? Celui-ci est en tout cas l’un des rares à m’avoir fait venir les larmes aux yeux… L’auteur réussit le tour de force d’amener de la délicatesse et de l’espoir là ou ne s’attend qu’à trouver la mort et la haine. C’est, à mon avis, une idée précieuse à garder en tête, peut-être encore davantage actuellement.

G.

La Tortue Rouge

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La tortue Rouge est un film d’animation sans dialogue réalisé par le belge, Michael Dudok de Wit et produit en association avec le studio Ghibli.

Ce film raconte l’histoire d’un homme échoué seul sur une île tropicale et la relation qu’il y noue avec une tortue rouge géante.

Ce n’est pas une surprise, pour un film produit par les studios Ghibli, si je dis que dès les premières minutes nous sommes emportés par cette histoire. La finesse et la délicatesse des dessins magnifiques si précis et détaillés et en même temps si simples (pourtant différent de ceux auxquels on est habitués chez Ghibli), alliés à une musique sublime font que la magie opère dès le début.

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Et de magie il en est questions ici, autant dans le propos lui-même que dans la façon qu’a le récit de nous faire voyager. J’ai été émerveillé par les images, touchée par l’histoire des personnages principaux, émue, j’ai aussi ri parfois.

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Le récit de l’homme naufragé sur une île déserte est ici prétexte à retracer toutes les étapes importantes de la vie d’un être humain. Les sentiments : joies, peines, colère, remords, amour… tous sont ici représentées et intégrés à l’évolution nécessaire de cet homme dans son environnement.

C’est également la métaphore de l’homme qui essaye de lutter contre les forces de la nature avant d’accepter de vivre en harmonie avec elle, qui est déroulée mine de rien. Ce rapport a une nature forte qui peut nourrir, laisser vivre ou tout détruire est présenté de façon très claire. Et pour tout cela, il n’y a même pas besoin de dialogue. Il y a juste à se taire et regarder.

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G.

Le Musée des Confluences (Lyon)

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Weekend de janvier… froid mais ensoleillé

Une visite de musée semble indiquée et justement celui-ci me tente depuis pas mal de temps sans que je ne me sois décidé à y aller vraiment encore.

Déjà parlons du bâtiment ! Pour tous ceux qui ont traversé Lyon direction le sud (ou le nord en revenant, ….mais si tu sais quand on revient de vacances et que tu es coincé dans les bouchons avant le tunnel sous Fourvière !) l’architecture du musée n’aura pas passé inaperçu.

Ce bâtiment à l’architecture complètement déstructurée a été dessiné par une agence autrichienne. Le mélange des matériaux métal et verre et l’espace jardin à l’arrière attisent déjà la curiosité avant même de pénétrer à l’intérieur.  Et une fois entré, on est impressionné par les proportions de ce bâtiment et la sensation d’immensité qu’il donne. Sans oublier, au bout des couloirs à l’arrière la vue magnifique depuis le deuxième étage sur la partie jardin et les bords du Rhône.

Le musée en lui-même ensuite : il y a deux étages à visiter. Au deuxième étage, tu trouveras toutes les expositions permanentes, c’est-à-dire celles qui sont là sans limite de temps. Et au premier étage, les expositions temporaires.

Evidemment, il y a énormément de choses à voir… trop presque. Si bien qu’on peut y passer plusieurs heures sans problèmes mais que toutes les informations qui sont données sont difficiles à apprécier en une fois. Je parlerai donc ici de deux ou trois expositions qui m’ont particulièrement touchée.

Parmi les temporaires bien évidemment celle qui est, à mon sens, incontournable en ce moment c’est Antarctica (elle est prolongée jusqu’en avril dépêches toi !)

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J’ai trouvé cette exposition magnifique. Tout est fait pour nous immerger dans l’environnement polaire : les images sur murs géants, les installations, les reportages, les explications sur la vie des animaux qui y vivent… jusqu’au petit souffle d’air froid pour se mettre dans l’ambiance ! Cette exposition est le fruit du travail de Luc Jacquet (le monsieur qui a réalisé il y a 10 ans le film « La marche de l’empereur »).

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Pour avoir un avant-goût : http://www.exposition-antarctica.com/2016/4/15/antarctica-une-exposition-au-muse-des-confluences . J’ai eu personnellement plus qu’un gros coup de cœur pour cette expo, que je conseille vivement à tout le monde.

Ensuite, en ce qui concerne les expositions permanentes, il y en a deux (qui font partie d’une articulation de quatre expositions) que j’ai particulièrement appréciées et qui évoquent principalement les origines du monde, la biodiversité et qui encore une fois renforce l’idée qu’il y a urgence à protéger notre environnement.

Origines, les récits du monde

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Espèces, la maille du vivant

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Le musée des Confluences offre tellement de choses à voir qu’il vaut mieux y aller en ayant l’idée de se concentrer sur quelques expos bien précises. Personnellement, je n’ai même pas souhaité essayé de tout voir en une fois.

Pour une info plus complète, je te conseille vivement d’aller là : http://www.museedesconfluences.fr/fr .

G.

 

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier

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Editions Folio (2010) , 413 pages  

Titre original : Remarkable creatures (2009), traduction  Anne Neuhoff

 

« La foudre m’a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai »

Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes. Elle trouve une alliée en Elizabeth Philbot, vieille fille intelligente et acerbe qui l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double de rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme.

Si toi aussi tu t’intéresses à des récits de femme qui mériteraient d’être connues davantage, je te présente Mary Anning ! Car oui, oui les personnages de ce roman ont pour la plupart réellement existé… même si leur histoire est ici romancée.

Mary Anning donc !

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Paléontologue anglaise qui a vécu de 1799 à 1847 (ouais autant dire qu’au niveau de la considération de la femme dans la société, c’était pas la meilleure époque… il paraît que maintenant ça va beaucoup mieux…)

Bref. La fille découvre quand même son premier squelette complet d’ichtyosaure (9m de long) à l’âge de 12 ans avec son frère sur une plage! Puis d’autres fossiles les années suivantes. (tu faisais quoi toi à 12 ans ?) .

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Et même si elle se fait pas mal arnaquer par des gens qui lui achètent ses fossiles une misère pour les revendre beaucoup plus cher, son travail a permis de grosses avancées en termes de connaissances scientifiques sur le sujet.

En ce qui concerne le roman de Tracy Chevalier, il aborde beaucoup de thèmes en prenant pour toile de fond les vies de Mary Anning et d’Elisabeth Philbot (elle-même chasseuse et collectionneuse de poissons fossiles. Oui on autorisait ce genre de passe-temps aux femmes de la haute société à l’époque. Il fallait bien qu’elles s’occupent les pauvres, surtout en étant une vieille fille de 30 ans !) L’amitié qui se crée rapidement entre ces deux femmes issues pourtant de deux mondes différents est solide bien que teintée parfois de jalousie et de rivalité. En ce qui concerne les hommes notamment.

Tu auras compris qu’il est donc, entre autre, question du destins de femmes fortes et volontaires prêtes à gratter la terre de leurs mains, à une époque où il était plutôt de coutume qu’elles occupent leurs journées en faisant de la broderie et en buvant du thé.

Evidemment, il est surtout question des recherches menées par Mary et Elisabeth et du combat qu’elles doivent mener pour se faire respecter de la communauté scientifique composée uniquement d’hommes (et même carrément interdite aux femmes) mais aussi du combat qu’elles doivent parfois mener contre leur propre entourage pour poursuivre dans la voie qu’elles se sont choisie. Bien sûr autant d’audace entraîne aussi le fait qu’elles ne se marieront jamais ni l’une ni l’autre (qui aurait préparé le souper ?).Ce n’est finalement qu’après de longues années que la travail de Mary Anning et ses connaissances scientifiques seront reconnus.

A travers ce roman, c’est également un panorama de la vie en société du 19e siècle en Angleterre qui nous ait proposé : les différences entre les classes, les croyances religieuses qui régissent la vie en société et qu’on ne peut pas questionner même lorsqu’on découvre un fossile vieux de milliers d’années.

J’ai beaucoup aimé ce livre dont j’ai dévoré les pages sans m’en rendre compte. J’ai apprécié ce récit de vie qui m’a permis de me plonger dans la société anglaise du 19e siècle décrite un peu différemment dont ce dont j’avais l’habitude , notamment d’un point de vue un peu plus féministe qu’à l’accoutumée.

G.

La vallée des loups

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Film français de Jean-Michel Bertrand (2017) 1h30

Il existe encore aujourd’hui en France des territoires secrets. Ce film est une quête personnelle, l’histoire d’un pari fou tenté par un passionné rêveur, un anti héros capable de briser toutes les barrières pour parvenir à son but : rencontrer des loups sauvages dans leur milieu naturel. Après trois années passées sur le terrain à bivouaquer en pleine nature par n’importe quel temps, le réalisateur parvient à remonter la piste des loups. Petit à petit, il observe, se rapproche et finit par se faire accepter par la meute. Contre toute attente les prédateurs magnifiques offrent alors un peu de leur intimité à ce drôle de personnage. Mais le film pose aussi la question des limites de cette intimité.

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Jean-Michel Bertrand nous offre ici la chance de participer en tant que spectateur à chaque moment d’une longue quête. Evidemment en tant que spectateur car ce qu’il réalise ne peut être qu’un cadeau offert à une minorité de chanceux initié.

Et pourtant, on est avec lui, nous partageons ses doutes, son énervement et son découragement lorsque rien ne se passe…on a froid, on supporte la pluie avec lui… mais surtout il nous permet ce luxe de partager ces temps, pratiquement des instants de grâce que la nature finit par lui consentir.

Surtout, nous prenons conscience de notre petitesse et de notre insignifiance face à tous ces paysages et cette nature intacte. Je crois que nous prenons aussi la mesure du point auquel notre vie est devenue « contre nature » parfois… et que prendre du temps pour s’effacer et juste observer ce qui se passe est terriblement enrichissant et porteur de leçons à retenir.

Ici ce n’est pas l’homme qui prend les choses de force mais la nature qui lui accorde quelques moments, comme un cadeau obtenu à force de patience et de persévérance, rien n’est facile. Pourtant, on rit aussi !

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Ce film nous permet aussi de constater la précarité de la place que nous laissons à cette nature discrète et délicate qui nous entoure et qui est pourtant d’une logique inouïe et donc précieuse à conserver.

Le tournage qui a eu lieu dans une vallée du massif des Écrins. Un lieu que le réalisateur, qui y a passé trois ans pour les besoins du film, tient à garder secret pour des raisons évidentes.

Un film magnifique tant au niveau du propos que des images et qui remet pas mal de choses en place.

G.