Béliers

Béliers affiche

(Film de Grímur Hákonarson, 2015, 1h32)

En Islande, dans un village isolé, Gummi et Kiddi, deux frères éleveurs de moutons, vivent comme des voisins mais ne se parlent plus depuis une quarantaine d’années. Une vieille brouille sépare en effet les frères, qui remportent tous les prix de la région, grâce un élevage familial qu’ils se partagent depuis toujours. Mais tout est bouleversé quand une maladie frappe le troupeau de Kiddi et attire les autorités sanitaires. Pour éviter toute forme de contamination, tous les troupeaux de la région sont en effet menacés d’abattage…

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J’ai trouvé ce film magnifiquement réalisé. Aux vues de paysages islandais grandioses s’ajoute une lenteur dans les plans et le déroulé de l’histoire que l’on s’imagine bien correspondre à la vie sur l’île. L’économie des dialogues n’enlève rien à la force des images et de l’histoire que l’on regarde se dérouler, impuissants , jusqu’à son dénouement final.

J’ai aussi beaucoup la délicatesse avec laquelle les relations humaines et fraternelles surtout sont mises en scène. Encore une fois, on se rend compte de la nécessité pour l’homme de s’adapter à une nature souvent rude et austère. Mais il est également donné à voir comment cette nature dans sa cruauté arrive parfois à rassembler les personnes dans l’adversité.

Sigurdur Sigurjónsson, Theodor Juliusson

Ce film a reçu le prix « un certain regard » au festival de Cannes en 2015 et ce n’est pas sans raison. Je ne peux que conseiller à chacun de prendre un moment pour le regarder.

G.

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Miniaturiste, Jessie Burton

 

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(Ed Gallimard, Collection Folio, 2015, 545 pages)

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, riche marchand, il vit dans une opulente demeure entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. Johannes offre à son épouse une maison de poupée représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de mettre peu à peu au jour de dangereux secrets… 

Pour ce livre, l’auteur s’est inspiré de la vraie maison de poupée ayant appartenu à la vraie Nella Oortman, qui est une jeune femme néerlandaise. Cette maison de poupée est visible dans la collection permanente du Rijksmuseum à Amsterdam.

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Si cette maison de poupée est le point de départ du récit pour l’auteur, le reste de l’histoire n’est pas inspiré de la vie de Nella Oortman.

Je me suis très vite fait aspirer par ce roman. Le récit de la vie de cette jeune fille mariée à un homme plus âgé, par arrangement, et qui pourtant garde de grands espoirs au sujet d’un mariage qu’elle pourrait arriver à chérir avec le temps, ses désillusions et la façon dont les événements de la vie vont l’amener à évoluer m’ont beaucoup plu.

Ce qui à mon sens n’est qu’un élément secondaire du récit au départ, à savoir la place des femmes dans la société Amstellodamoise du XVII ème siècle, s’affiche dans toute son ampleur une fois que l’on referme le livre et que l’on prend un peu de recul. Si les personnages se plaisent à répéter à quel point elles se sentent prisonnière de règles sociétales pendant toute l’histoire, force est de constater qu’en plus d’être très présente, elles sont fortes , décisionnaires et dirigent malgré tout leur vie comme bon leur semble.

Plusieurs éléments du roman, même s’il se déroule dans les années 1680, trouvent un écho à notre quotidien selon moi.

En revanche, l’autrice parvient à nous faire revivre l’Amsterdam de ces années là dans ces descriptions et personnellement j’ai beaucoup aimé cette ambiance déroulée entre les canaux de la ville et les grands voyages autour du monde aux odeurs des épices orientales.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture et j’ai dévoré les quelques centaines d pages en quelques jours. J’aurais peut-être apprécié que la fin soit un peu moins rapide, un peu plus développée ne me laissant pas ce petit sentiment d’inachevé.

G.

Wild, Cheryl Strayed

Wild cheryl strayed livre  (10/18, 2013, 498 pages)

Lorsque, sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junkie, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune femme n’a aucune réponse, mais un point de fuite: tout quitter pour une randonnée sur le « chemin des crêtes du Pacifique ». Lancée au cœur d’une nature immense et sauvage, seule sous un sac  dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1700 kilomètres d’épuisement et d’effort, et réussir à atteindre le bout d’elle-même. 

Bon, on ne va pas se mentir, si je suis allée vers ce roman c’est au départ parce qu’il y était question de voyage. Et puis, quand j’ai bien relu le résumé , je me suis dit que tout ça risquait d’être un peu déprimant. Donc, ce livre est resté un bon moment en attente avant que je me décide à le lire.

Et finalement, je n’ai pas été déçu. Je me suis laissé emporter par ce récit autobiographique. On y suit le périple de Cheryl après le décès de sa mère. Ce décès qui a bouleversé l’ordre établie de sa vie et l’a fait complètement lâché prise su tout ce qu’elle avait construit jusque là elle qu’elle pensait la satisfaire.

Jusqu’à ce jour où elle découvre le Chemin des crêtes du Pacifique et qu’elle décide que seul ce chemin là pourra l’amener à ce qu’elle est vraiment. Ce chemin c’est en fait celui du deuil et on accompagne autant Cheryl dans touts les épreuves de cette randonnée monstrueuse que dans le chemin mental qui accompagne ce voyage; qui en est la base, le fil rouge et le dénouement jusqu’à une forme de rédemption d’elle même et d’autorisation à être la personne qu’elle a envie d’être.

On accompagne également Cheryl dans les nombreuses rencontres qu’elle fait et dans son évolution de marcheuse inexpérimentée qui se surprend elle même à vaincre chaque obstacle et à persévérer là ou d’autres plus entraînés ont abandonnés et qui lui fait petit à petit reprendre confiance en elle.

Ce livre a été adapté au cinéma en 2014 et j’ai regardé le film après avoir fini ma lecture.

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Comme bien souvent, je suis resté sur ma faim d’une adaptation qui simplifie beaucoup le récit originel et en supprime plusieurs personnages importants à mon sens. Par contre la dimension du voyage y est très présente et nous permet de visualiser les paysages parcourus mieux que ne le permettaient les descriptions assez succinctes du livre.

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J’ai beaucoup apprécié cette lecture et  j’ai vraiment ressenti un sentiment d’authenticité à travers l’écriture, du fait de sa nature autobiographique . Je pense que le film est également intéressant à voir en complément bien qu’il édulcore trop l’histoire à mon goût.

G.