Le Malleus, les sorcières de Sarry, Marie-Laure König

Le malleus 

(autoédité, 2018, 297 pages, ISBN 9781973409588 ) (écrivons un livre)

Dans ce roman vous ne rencontrerez pas de vraie de magie, car vous le savez comme moi, les sorcières ne volent pas sur des manches à balai… Cette histoire romancée aurait pu être authentique. 

Nous sommes à l’époque tragique où la sorcellerie se faisait femme. Plus de 100 000 procès pour hérésie au cours de deux siècles avec comme appuis le « Malleus Maleficarum » furent administrés. Ce manuel écrit par un moine inquisiteur haineux, Institoris, fut approuvé par la papauté de la fin du XVe siècle. Il connut un essor considérable grâce à l’invention de Gutemberg et fut à l’origine de plus de 60 000 condamnations pour hérésie, essentiellement des femmes. 

Découvrez l’histoire d’Alayone, une petite fille qui grandira à l’ombre du Malleus et qui apprendra son existence bien plus tard à ses dépens. Son tuteur, l’évêque de Chalons, lui enseignera la théologie. Elle sera également instruite sur d’autres sciences qui sont condamnées par l’Église comme l’astronomie, l’étude des pierres à venin ou l’agronomie que lui transmettra une guérisseuse. Elle découvrira les effets dévastateurs des amours interdits, mais aussi Paris, ville emplie de magnificence, de pestilence et d’étudiants… 


Beaucoup de recherches ont été menées afin de donner à ce roman d’amour et d’amitié une envergure historique. Vous serez plongés dans les usages et les coutumes d’un temps révolu, on vous parlera du procès de Jeanne d’Arc, de l’élection d’Innocent VIII et bien évidemment de l’évolution d’une idée qui germa dans la tête de Heinrich Kramer jusqu’à l’œuvre de sa vie : le marteau des sorcières. Bienvenue en cette fin de XVe siècle où religion et politique sont intimement liées, à une époque où les caprices de la nature étaient indéniablement l’œuvre du malin et de ses servantes, ou l’incrédulité du peuple fut le meilleur instrument des ambitions des puissants.

Ce qui m’a attiré vers ce roman au départ c’est le thème de la sorcellerie. Et pour une fois pas de sorcières volantes ou aux pouvoirs magiques incroyables. Il est ici question des femmes accusées d’hérésie et de sorcellerie au XVème siècle, du développement d’un courant de pensée porté par la complicité de l’Eglise et d’un ouvrage: le Malleus Maleficarum.

Nous suivons donc l’enfance et l’adolescence du personnage principale, Alayone, jeune fille curieuse et intelligente.  Et tout au long de cette évolution on voit se mettre en place petit à petit les éléments qui vont la conduire à son destin tragique. De ses goûts littéraires à son intérêt pour les sciences et les plantes médicinales, on devine bien vite qu’elle va se heurter à la bien-pensance de l’époque.

J’ai trouvé intéressante l’utilisation du personnage du chat (chaton noir promis à la mort mais finalement offert à la petite fille et qui deviendra un fidèle compagnon). Ce chat est donc présent, porte parole et témoin d’un changement d’époque où les hivers froids et les mauvaises récoltes sont imputées au diable et ou il devient nécessaire de trouver un coupable.

Si le sujet de ce roman m’intéressait au départ, cette lecture m’a instruite de beaucoup d’éléments historique sur le sujet. Je ne connaissais pas le « marteau des sorcières » et bien que j’ai su à peu près sur quoi se basait les accusations de sorcellerie de l’époque, je n’imaginais pas que cela fut à ce point organisé. Beaucoup de détails sont ici portés à notre connaissance et bien que j’ai imaginé sans difficultés le côté sordide des « interrogatoires » lors de ma lecture, la façon dont l’autrice nous explique les choses reste objective, empêchant le récit de prendre un chemin insoutenable pour le lecteur.

Le roman nous permet également de mieux comprendre la place de la femme dans la société de l’époque. Bon pour être honnête, je ne me berçais pas d’illusions en imaginant que les femmes étaient maîtresses de leurs vies, où qu’elles avaient le loisirs d’êtres instruites dans les domaines qui les intéressaient. Et évidemment, nous avons ici la description d’une société patriarcale dans laquelle beaucoup de métiers sont interdits au femmes (notamment les métiers en rapport avec les sciences où ceux pour lesquels il faudrait un minimum réfléchir et se questionner).

Cependant, les quelques femmes présentes dans le roman, dont le personnage principale, font preuve d’une volonté d’évolution et d’être considérées pour d’autres qualités que celles habituellement liées à leur sexe. J’ai beaucoup apprécié que les personnages féminins soient présentés comme forts et indépendants, parfois plus capables que certains hommes, dans un contexte où j’ai senti certains hommes, notamment religieux, dans une volonté de domination malsaine.

L’ écriture et le choix d’utiliser un vocabulaire de l’époque m’a un peu surprise au début. Cependant, comme l’explique l’autrice, ce travail a été fait pour donner au lecteur la sensation d’immersion historique tout en étant suffisamment compréhensible pour ne pas le perdre. L’énorme travail de documentation est à ce sujet palpable tout comme il l’est concernant les descriptions des lieux (existants) et des mœurs de l’époque.

La forme sous laquelle est écrit le roman m’a également surprise durant les premières pages. Entre roman épistolaire, journal, prières, témoignages rapportés par le chat et extrait du Malleus Maleficarum, j’ai trouvé l’ensemble cependant très fluide et prenant.

« Gens du village qui cherchiez la lumière et la chaleur du soleil vous allez vous enfoncer dans les ténèbres. Vous avez souhaité de l’aide afin que l’on vous débarrasse du démon qui a détruit vos récoltes et décimé vos troupeaux, et voici que vous l’invitez à votre table. Il vous prendra vos femmes, car il les regarde avec mépris. Elles ne sont pour lui que chemises à retrousser pour vous faire oublier votre faim, et tendit que le ventre des femmes se remplira, le votre restera vide.

Femmes, prenez garde, vos hommes se délectent des paroles vipérines de celui qui serpente vos rues comme s’il était prince en ce lieu. Sachez qu’il ne se satisfait que de votre douleur. Plus il vous l’infligera cruelle et sans raison, plus sa jouissance sera grande. Femmes, il est insatiable. Je l’ai vu œuvrer, ses mots sont comme du miel gâté d’un poison, ils endorment vos compagnons et vont leur laisser un goût amer. le regard de cette rascaille puante s’illumine d’une étincelle dès que ces pauvres bougres vous trahissent sans même le savoir. »

En conclusion, j’ai particulièrement apprécié la lecture de ce roman, l’aspect historique mêlé au côté romancé de l’histoire d’Alayone, m’a permis d’en apprendre beaucoup sur les « chasses au sorcières  » et mœurs du XVème siècle sans avoir le sentiment de lire un livre documentaire. J’ai trouvé Alayone, le personnage principal, attachant; j’ai apprécié sa force de caractère et sa volonté de ne pas se laisser dicter sa vie par les hommes.

J’ai lu ce livre comme cela m’arrive parfois, lentement pour en apprécié tous les mots. L’écriture que j’ai trouvé presque poétique par certains aspects m’a complètement emporté dans l’histoire.

J’ai aussi trouvé l’objet livre en lui-même, joli, avec ce magnifique chat noir en couverture et j’étais ravie de recevoir mon colis. Je remercie Marie-Laure König de m’avoir fait confiance en me confiant son écrit. (pour le trouver c’est ici)

G.

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